Mot du provincial
LES DÉBUTS DE LA JOIE DE NOËL
par André Descôteaux, o.p. Prieur Provincial.

Le Jubilé de notre Province est bien lancé. En deux occasions, plusieurs d’entre
nous se sont retrouvés à Saint-Hyacinthe. Tout d’abord pour cette belle journée
du 1er octobre où, dans une remarquable conférence, le frère Jean-Jacques
Robillard nous a permis de mieux saisir nos origines. Autour de l’évêque du
diocèse, Mgr François Lapierre, dans le cadre d’une célébration eucharistique
joyeuse, nous avons rendu grâces à Dieu pour tout ce qu’a réalisé notre
Province. Avec nos invités, tout particulièrement le Prieur provincial de la
Province de France qui a su nous égayer, nous avons poursuivi la fête autour
d’un bon buffet. Plus tard, le 8 novembre, nous avons procédé à la bénédiction
de notre nouveau cimetière et fait mémoire de tous les frères de notre Province
qui nous ont précédés. Merci aux organisateurs, en particulier au frère Marcel
Dumont. Merci également à tous les frères qui se sont déplacés pour ces deux événements. Beau signe de vitalité et d’attachement à la communauté que nous
formons. Le prochain rendez-vous est fixé à Ottawa. Un colloque développera le
thème de la présence dominicaine en milieux universitaires. Il se conclura par la
célébration de la Saint-Thomas. Retenez les dates : les 26, 27 et 28 janvier
2012.
Entretemps, nous célébrerons les fêtes de Noël et du Nouvel An. Au moment où j’écris ces lignes, le Père Noël vient tout juste d’arriver à Montréal. L’ampleur de ces fêtes contraste avec la simplicité, le dépouillement et l’anonymat des événements qu’elles rappellent. Certes, Jésus est né à Bethléem, Cité de David, mais ce fut dans une étable. Il a été déposé, nous dit Luc, dans une mangeoire. Ce sont des bergers, des gens peu considérés, qui ont été les premiers à être évangélisés, à entendre la Bonne Nouvelle du salut. « Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 10-12). Par la suite, ils partirent « chantant les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu » (Lc 2, 20).
Début fort modeste, mais tout de même un début. Car cette grande joie annoncée à quelques bergers et transmise par eux s’est répandue à tout le peuple et de là « aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Aujourd’hui encore, Noël, même à travers ses excès, se veut, pour les croyants et non croyants, fête de la joie, fête des enfants, fête de l’Enfant.
Début fort modeste, mais tout de même un début lorsque quelques frères, après bien des tergiversations, débarquent à Saint-Hyacinthe. Début fort modeste, mais tout de même un début en 1911 quand nous sommes devenus une Province. Toujours cette Bonne Nouvelle qui se fraie un chemin dans le monde! Nous osons et aimons croire que nous y contribuons. Bonne Nouvelle qui a su s’incarner un peu plus là où nous sommes passés. Bonne Nouvelle d’un Dieu qui, dans son grand amour, vient partager notre condition, avec ses pauvretés, pour nous communiquer sa vie et créer une humanité nouvelle.
Début fort modeste, mais tout de même un début. Notre Province est à un tournant. Je le vis moi-même bien directement et simplement. Je me suis rendu compte que je suis le seul dominicain à temps plein au Provincialat avec tout ce que cela implique bien concrètement dans l’exécution de certaines tâches. Il a suffi d’un chapitre provincial pour que les choses changent à ce point. Ce que je vis, des prieurs le vivent, plusieurs frères le vivent. Cela exige une transformation des mentalités et surtout de comprendre que, même après cent ans, nous sommes encore à nos débuts. Non seulement parce que nous sommes moins nombreux, non seulement parce que nos ressources ont diminué, mais fondamentalement parce que notre monde a changé. Et pourtant, dans la foi, nous sommes convaincus que ce monde difficile à comprendre est toujours aimé de Dieu. Il a encore besoin d’entendre la Bonne Nouvelle de la joie de Noël : vous est né, aujourd’hui, un Sauveur qui est Christ et Seigneur! Aujourd’hui, ici au Québec, au Canada, au Japon, au Rwanda et au Burundi.
En mai, nous nous retrouverons, dans le cadre des nos Assises, pour réfléchir sur le thème de la nouvelle évangélisation. Le Conseil provincial, en retenant ce sujet, ne suit pas une mode. Pour nous, il s’agit de bien autre chose. Il s’agit de notre raison d’être, de notre avenir, de notre identité, car nous sommes prêcheurs, porteurs de la Bonne Nouvelle. Comment l’annoncer? Quel est ce monde dont nous sommes partie prenante? Quelle parole lui adresser? Comment notre parole peut-elle renvoyer à cette Parole, à ce Verbe, que Dieu a enfoui dans notre monde? Comment, à la manière de Dominique, poursuivre le dialogue avec l’hôtelier?
Oui, nous sommes à un autre début qui exige, certes, courage et lucidité mais qui ouvre devant nous le chemin de la vie et de la joie. La joie de Noël veut se frayer un passage là où nous sommes. Et nous sommes, aujourd’hui encore, appelés à trouver notre joie en la proclamant. Cette joie qui a éclaté dans le ciel de Bethléem et qui a illuminé le coeur de quelques bergers peut, à travers nous, éclater dans le ciel de notre monde.
Au moment où nous célébrons notre jubilé, je vous souhaite cette joie, cette joie de Noël, que nous ne pouvons garder pour nous-mêmes, cette joie des débuts, aussi modestes soient-ils, cette joie pour laquelle nous sommes encore prêts à risquer notre avenir.
Joyeux Noël! Bonne et heureuse année! Fr. André Descôteaux, o.p. ![]()
Fr. André Descôteaux, o.p. Prieur provincial


