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Livret sur les origines de l'Ordre des Prêcheurspar fr. Jourdain de Saxe, o.p.(Suite) Pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6
Apparition que vit sa mère tandis qu'il était enfant 9. Cependant, Dieu qui voit le futur daigna faire entrevoir déjà, dès son jeune âge, qu'on devait espérer de cet enfant un avenir insigne. Une vision le montra à sa mère portant la lune sur le front ; ce qui signifiait évidemment qu'il serait un jour donné comme lumière des nations, pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres à l'ombre de la mort. L'événement le prouva dans la suite. Ce qu'il fit pour les pauvres au cours d'une famine 10. Au temps où il poursuivait ses études à Palencia, une grande famine s'étendit sur presque toute l'Espagne. Ému par la détresse des pauvres et brûlant en lui-même de compassion, il résolut par une seule action d'obéir à la fois aux conseils du Seigneur et de soulager de tout son pouvoir la misère des pauvres qui mouraient. Il vendit donc les livres qu'il possédait pourtant vraiment indispensables et toutes ses affaires. Constituant alors une aumône, il dispersa ses biens et les donna aux pauvres. Par cet exemple de bonté, il anima si fort le coeur des autres théologiens et des maîtres, que ceux-ci, découvrant l'avarice de leur lâcheté en présence de la générosité du jeune homme, se mirent à répandre dès lors de très larges aumônes. Sa vocation à l'Église d'Osma 11. Tandis que l'homme de Dieu disposait ces élévations dans son coeur, progressant de vertu en vertu et se surpassant lui-même chaque jour, paraissait admirable et brillait entre tous par la pureté de la vie comme l'étoile du matin au milieu des nuées, sa renommée parvint aux oreilles de l'évêque d'Osma. Celui-ci s'informa avec soin de la vérité de ces bruits, manda près de lui Dominique et le fit chanoine régulier de son Église. Au chapitre d'Osma 12. Aussitôt celui-ci se mit à briller parmi les chanoines comme l'étoile du berger, le dernier par l'humilité du coeur, le premier par la sainteté. Il devint pour les autres le parfum qui conduit à la vie, semblable à l'encens qui embaume dans les jours d'été. Chacun s'étonne de ce sommet si rapidement et si secrètement atteint dans la vie religieuse ; on le choisit pour sous-prieur, jugeant qu'ainsi placé sur un piédestal élevé, il verserait à tous les regards sa lumière et inviterait chacun à suivre son exemple. Comme l'olivier qui fructifie, ou comme le cyprès qui s'élève vers le ciel, il usait nuit et jour le sol de l'église, vaquait sans cesse à la prière et rachetait le temps de sa contemplation en n'apparaissant pour ainsi dire jamais hors de l'enceinte du monastère. Dieu lui avait donné une grâce spéciale de prière envers les pécheurs, les pauvres, les affligés : il en portait les malheurs dans le sanctuaire intime de sa compassion et les larmes qui sortaient en bouillonnant de ses yeux manifestaient l'ardeur du sentiment qui brûlait en lui-même. 13. C'était pour lui une habitude très courante de passer la nuit en prière. La porte close, il priait son Père. Au cours et à la fin de ses oraisons, il avait accoutumé de proférer des cris et des paroles dans le gémissement de son coeur ; il ne pouvait se contenir et ces cris, sortant avec impétuosité, s'entendaient nettement d'en haut. Une de ses demandes fréquentes et singulières à Dieu était qu'il lui donnât une charité véritable et efficace pour cultiver et procurer le salut des hommes : car il pensait qu'il ne serait vraiment membre du Christ que le jour où il pourrait se donner tout entier, avec toutes ses forces, à gagner des âmes, comme le Seigneur Jésus, Sauveur de tous les hommes, se consacra tout entier à notre salut. Lisant et chérissant le livre intitulé Collations des Pères, qui traite des vices et de tout ce qui touche à la perfection spirituelle, il s'efforça d'explorer avec lui les sentiers du salut puis de les suivre de toute la force de son âme. Avec le secours de la grâce, ce livre le fit parvenir à un degré difficile à atteindre de pureté de conscience, à beaucoup de lumière sur la contemplation et à un grand sommet de perfection. Comment l'évêque d'Osma partit pour les Marches 14. Tandis que la belle Rachel le réchauffait ainsi de ses embrassements, Lia perdit patience et se mit à réclamer de lui qu'il apaisât l'opprobre de ses yeux chassieux en lui donnant, par sa visite, une nombreuse postérité. Il arriva donc en ce temps que le roi Alphonse de Castille conçut le désir de marier son fils Ferdinand à une fille noble des Marches. Il vint trouver l'évêque d'Osma et lui demanda d'être son procureur en cette affaire. L'évêque acquiesça aux prières du roi. Et bientôt, s'adjoignant une escorte d'honneur selon les exigences de sa dignité sainte et prenant également avec lui l'homme de Dieu Dominique, sous-prieur de son Église, il prit la route et parvint à Toulouse. 15. Lorsqu'il eut découvert que les habitants de ce territoire, depuis un certain temps déjà, étaient devenus hérétiques, il se sentit troublé d'une grande compassion pour tant d'âmes misérablement égarées. Au cours de la nuit même où ils logèrent dans la cité, le sous-prieur attaqua avec force et chaleur l'hôte hérétique de la maison, multipliant les discussions et les arguments propres à le persuader. L'hérétique ne pouvait résister à la sagesse et à l'esprit qui s'exprimaient : par l'intervention de l'Esprit divin, Dominique le réduisit à la foi. 16. Quittant la ville, ils arrivèrent au prix de beaucoup de fatigues à leur destination, au pays de la jeune fille. Ils exposèrent la raison du voyage, obtinrent le consentement demandé et se hâtèrent aussitôt de revenir auprès du roi, à qui l'évêque annonça le succès de l'affaire et le consentement de la jeune fille. Le roi l'envoya de nouveau, dans un train de plus grand apparat, pour ramener avec tous les honneurs qui convenaient la future épouse de son fils. Lorsque après avoir affronté derechef le fatigant voyage, l'évêque arriva dans les Marches, il apprit que la jeune fille était morte. Dieu disposait ainsi des causes du voyage dans ses vues salutaires, préludant à l'occasion de cette course à des noces autrement précieuses entre Dieu et les âmes, qu'il entendait ramener de par toute l'Église, et de beaucoup d'erreurs et de péchés, aux épousailles du salut éternel. L'événement le prouva dans la suite. Comment il se rendit auprès du pape et ce dont il traita 17. L'évêque fit annoncer la nouvelle à son roi et saisit l'occasion d'aller rapidement avec ses clercs faire sa visite à la Curie. Abordant le Souverain Pontife, le seigneur Innocent, il le pria avec instance de lui accorder comme une grâce, si c'était possible, la permission de se démettre, alléguant son insuffisance à beaucoup d'égards et l'immense dignité de la charge qui dépassait ses forces. En même temps il révélait au Souverain Pontife que son intention profonde était de travailler de toutes ses forces à la conversion des Cumans, si l'on daignait admettre sa démission. Le pape ne se rendit pas aux instances de cette requête. Il ne consentit même pas, bien que l'évêque le lui ait demandé, à lui enjoindre en rémission de ses péchés de franchir pour prêcher la frontière des Cumans tout en conservant sa charge épiscopale. Dieu agissait mystérieusement dans cette affaire, réservant à la moisson féconde d'un autre genre de salut les labeurs d'un si grand homme. Comment il prit l'habit à Cîteaux 18. Sur le chemin de retour, il visita Cîteaux. La vue de la régularité de cette multitude de serviteurs de Dieu et l'attrait de leur haute vie religieuse le poussèrent à revêtir là-bas l'habit monastique. Prenant avec lui quelques moines qui devaient l'instruire dans leur forme de vie régulière, il se pressait déjà de revenir en Espagne, sans se douter encore de l'obstacle qui, par la volonté divine, allait se dresser contre son impatience. Suite : >>>> |




