Figures dominicaines
Bienheureux Raymond de Capoue († 1399)
Raymond
de Capoue nous est surtout connu par sainte Catherine
de Sienne. La correspondance qu'ils échangèrent
est la meilleure source que nous possédions pour
connaître son âme et son caractère.
Mais son oeuvre dépassa de beaucoup le rôle
qu'il joua auprès d'elle.
Né à Capoue vers 1330, il entra dans l'Ordre avant sa vingtième année. Etudiant, puis professeur à Bologne et à Rome, on le retrouve aumônier des dominicaines à Montepulciano où il publie en 1366 la vie de sainte Agnès. Sans doute dès cette époque correspond-il avec Catherine.
En 1367, il est élu prieur de la Minerve et arrive à Sienne en 1370. Il devient vite le confident et le défenseur de Catherine. Trois ans plus tard, il est lecteur à Florence. Mais voilà qu'au Chapitre général qui s'y tient en 1374, Catherine est invitée à comparaître pour être "jugée" par l'Ordre : elle y est lavée de toutes les calomnies qu'on avait propagées sur elle et Raymond se voit officiellement confier "toute la puissance que l'Ordre a sur elle". On le nomme dès lors régent et lecteur d'Ecriture Sainte au couvent de Sienne. Jusqu'à la mort de Catherine, leurs vies seront en communion étroite. Il sera son conseiller et elle recevra beaucoup de sa science théologique, mais on ne sait trop qui sera le "directeur" de l'autre. De naturel timoré, il la considèrera quelques temps d'un oeil inquiet ; il la suivra un peu essoufflé dans ses grandes ascensions mystiques. Un soir qu'elle lui parle intarissablement et qu'il s'endort, elle le secoue : "Quel tort le sommeil ne fait-il pas à votre âme ! Si je parle de Dieu, ce n'est pas pour les murs, c'est pour vous !" Elle l'entraîna, ainsi que plusieurs frères, à soigner les pestiférés de Sienne, mais il avoue que sans elle la prudence l'eût emporté...
Il l'accompagne dans son premier voyage à Pise, ainsi que deux autres frères : le pape leur a donné "tous les pouvoirs des évêques et prélats pour absoudre tous ceux que les exhortations de la sainte auraient décidés à se confesser." Elle l'envoie à Avignon avant d'y aller elle-même, porter à Grégoire XI son exhortation de retour. Quand le pape est revenu à Rome, elle charge Raymond d'aller le soutenir. Il est alors élu de nouveau prieur de la Minerve en 1377. Ensemble ils se rangent aux côtés d'Urbain VI quand le schisme est consommé ; elle persuade le pape qu'il faut expédier Raymond en ambassade au roi de France pour le rallier à sa cause. Raymond part, mais il a peur des troupes du pape d'Avignon et reste à Gênes ; il n'aimait pas les risques inutiles. Catherine lui crie son indignation : "Si vous ne pouviez y aller debout, vous y seriez allé à quatre pattes ; si vous ne pouviez y aller comme religieux, vous y seriez allé comme pèlerin ; si vous n'aviez pas d'argent, vous auriez demandé l'aumône. De toutes manières, vous auriez dû y aller!" Mais Raymond resta à Gênes où il prêcha éloquemment en faveur d'Urbain VI.
En 1379, il devient provincial de Lombardie. Catherine lui écrit ses dernières lettres et meurt le 29 avril de l'année suivante. Treize jours plus tard, le Chapitre général déclarait déchu de ses fonctions le Maître de l'Ordre Elie de Toulouse, partisan du pape d'Avignon, et élisait Raymond de Capoue pour lui succéder. Dès lors, il consacra la plus grande partie de son activité à la réforme de l'Ordre où la peste et les divisions de l'Eglise avaient introduit le relâchement. Il y parvint peu à peu avec beaucoup de souplesse et en s'appuyant sur la bonne volonté des meilleurs pour qui il créa dans toutes les provinces des couvents d'observance. Il visita sans relâche les maisons qui reconnaissaient comme légitime le pape de Rome. Mais un jour qu'il s'était égaré dans un couvent de l'autre parti, il fit connaissance avec la prison conventuelle:..
C'est au cours de sa visite de la Province d'Allemagne, après avoir présidé le Chapitre général de Francfort, qu'il meurt à Nuremberg en 1399. Quelques années plus tôt, il avait achevé sa "Vie de sainte Catherine de Sienne" écrite en vue de la canonisation. (Source : Chéry, Henri-Charles. Saints et bienheureux de la famille dominicaine. Fraternité dominicaine Lacordaire. Lyon. 1991.)