Vitalité de
la vie consacrée
dans les nouvelles communautés religieuses
frère
Rick van Lier, o.p.
Professeur à l’Institut de pastorale des
Dominicains
Du
18 au 22 avril 2002, se tenait, à Montréal,
le Troisième congrès continental sur les vocations
au ministère ordonné et à la vie consacrée
en Amérique du Nord. L’événement réunissait
quelque 1200 délégués, provenant principalement
du Canada et des États-Unis. Ce Congrès a été l’occasion
pour l’Église nord-américaine de réfléchir
aux enjeux entourant les vocations au ministère ordonné et à la
vie consacrée, et a permis de poser les jalons d’une
action pastorale concrète pour promouvoir ces vocations.
Le présent article a été présenté comme
conférence, en atelier, lors de ce Congrès.
Aux côtés des communautés religieuses de
fondation ancienne, où des vocations sont présentes,
il existe également des nouvelles communautés religieuses
qui suscitent, elles aussi, des adhésions. Qui sont ces
communautés ? Quel est leur nombre ? Quels traits présentent-elles,
et pourquoi attirent-elles des vocations ? Autant de questions
que j’aborderai dans les lignes qui suivent. L’objectif
que je poursuis n’est pas d’« expliquer » le
phénomène des nouvelles communautés religieuses;
je vise plutôt à brosser un portrait global de cette
réalité, en tentant d’en dégager quelques-unes
des principales caractéristiques qui agissent comme facteurs
d’attrait au regard des vocations à la vie consacrée
(1).
Quatre étapes ponctueront ma réflexion. Je commencerai,
d’abord, par cerner l’identité des groupes
dont il est question. Dans un deuxième temps, j’aborderai
la question du nombre de nouvelles fondations en Amérique
du Nord. Je présenterai, ensuite, certaines caractéristiques
de ces nouvelles communautés, caractéristiques
qui sont autant de sources d’attrait pour des vocations.
Et pour terminer, je formulerai certains souhaits au regard
de la présence de ces nouvelles communautés dans
notre réalité ecclésiale, et de leur apport à l’ensemble
de la réflexion sur les vocations.
1.
Identité des nouvelles communautés
religieuses
J’ai tenu, en introduction, à parler de « nouvelles
communautés religieuses ». Il s’agit
de l’expression générique par laquelle j’entends
identifier les communautés, fondées au cours des
trente dernières années – soit depuis le
Concile Vatican II –, communautés, dont le projet
de vie relève de la « vie consacrée ».
L’une des impressions que nous pouvons avoir en abordant
le phénomène des nouvelles communautés religieuses,
est celle de la confusion. En effet, non seulement ces communautés
bourgeonnent-elles ici et là, en s’inscrivant dans
le sillage des formes connues de la vie consacrée, mais
certaines d’entre elles présentent également
des traits, qui sont, dans une certaine mesure, originales par
rapport aux caractéristiques traditionnelles des instituts
de vie consacrée. Pour y voir plus clair, je propose une
typologie dans laquelle nous pouvons distinguer deux types de
nouvelles communautés: d’une part, il y a les communautés
que nous appellerons de type « classique »,
d’autre part, il y a les communautés de type « communauté nouvelle ».
a.
Communautés de type « classique »
Les communautés de type « classique » sont
des communautés composées d’hommes ou de
femmes, tous célibataires et professant les conseils évangéliques.
Certaines communautés sont constituées en deux
branches distinctes hommes/femmes, tout en partageant une origine
commune, à savoir la même personne fondatrice
et le partage d’un même charisme. Certains membres
y sont également ordonnés au diaconat ou au presbytérat.
Les communautés de ce type perpétuent les formes
traditionnelles des instituts de vie consacrée, tout en
y insufflant une vitalité nouvelle.
Parmi les communautés de ce type figurent, par exemple,
les Petits Frères de la Croix, les Franciscains de l’Emmanuel,
les frères et les sœurs de la Congrégation
St-Jean, les Moines et les Moniales de Bethléem et de
l’Assomption de la Vierge, pour ne mentionner que ceux-là.
b.
Communautés de type « communauté nouvelle »
Les communautés de type « communauté nouvelle » présentent,
quant à elles, certains traits innovateurs par rapport
aux caractéristiques traditionnelles des instituts de
vie consacrée.
Il y a, d’une part, les « communautés
nouvelles » que j’appelle du 1er degré.
Ce sont des communautés qui réunissent, en une
même appartenance, à la fois des hommes et des femmes.
Les membres sont tous célibataires, vivent selon les conseils évangéliques
et certains sont ordonnés au ministère. Parmi ces
communautés nous pouvons mentionner la Famille Myriam
Beth’léhem ou encore la communauté Madonna
House Apostolate.
D’autre part, il y a les « communautés
nouvelles » du 2e degré. Ce sont des communautés
regroupant, comme le type précédent, des hommes
et des femmes, mais il y a en plus, des membres mariés – parfois
même avec leurs enfants –, ainsi que des personnes
ordonnées. Le mode de vie de ces communautés relève
de la vie consacrée, et ils y sont engagés soit
par vœux, soit par promesse ou encore par d’autres
types de liens(2). Parmi les communautés de ce type, nous
pouvons mentionner, par exemple, la Communauté des Béatitudes,
la Société du Christ Seigneur, la Communauté du
Chemin Neuf, la Communauté de l’Emmanuel, la Communauté du
Pain de Vie.
2. Ordre de grandeur.
Cela dit, je voudrais maintenant aborder la question du nombre
de nouvelles communautés religieuses en Amérique
du Nord. Je débuterai en présentant quelques statistiques
provenant des États-Unis.
En 1999, le Center for Applied Research in the Apostolate (CARA),
du Georgetown University à Washington, a, pour la première
fois, publié une liste exhaustive des fondations nouvelles
apparues aux États-Unis depuis 1965 (3). Dans le cadre
de cette étude, il a été possible répertorier
un nombre total de 157 fondations nouvelles (4). 136 d’entre
elles ont été fondées sur le territoire étasunien,
tandis que 21 communautés ont été fondées à l’étranger
mais se sont implantées aux États-Unis (5). Toujours
selon cette étude, les deux tiers des nouvelles communautés
ont vu le jour au cours des vingt dernières années,
soit 100 communautés (6). L’autre tiers, au nombre
de 53, ont presque toutes été fondées durant
les années ‘70. Considérant la proportion
des membres masculins et féminins, l’étude
révèle que 42 % des nouvelles communautés
regroupent uniquement des femmes, 31% exclusivement des hommes,
tandis que 27 % des nouvelles fondations conjuguent des appartenances
féminines et masculines (7). Quant au nombre de membres,
80 % des communautés ont en deçà de quinze
membres; tandis que 20 % d’entre elles affichent un nombre
de membres supérieur à ce chiffre, pouvant aller
dans certains cas jusqu’à une centaine de membres
(8).
Abordons maintenant la même question, mais pour le Canada.
Il faut signaler d’emblée qu’il est difficile
de donner un chiffre exact du nombre de nouvelles communautés
au Canada, puisqu’il n’existe pas encore, à ma
connaissance, de fichier centralisé dénombrant
les communautés de fondation récente. Cela dit,
il est tout de même possible de présenter une estimation
du nombre de nouvelles communautés religieuses présentes
au Canada, et plus particulièrement au Québec.
En 1996, dans le cadre de mon étude sociologique consacrée
aux nouvelles communautés religieuses dans l’Église
catholique du Québec (9), j’ai eu la “curiosité” de
savoir combien de nouvelles communautés étaient
implantées au Québec. – Je dis “curiosité”,
parce que le dénombrement de ces nouvelles communautés
n’était pas l’objectif principal de mon étude,
mais un “à côté” que j’ai
trouvé, du reste, fort éclairant – Cette
recherche m’a permis d’établir une liste qui
dénombre approximativement 21 nouvelles communautés
au Québec (10). 7 d’entre elles sont de type « communauté classique »;
14 sont de type « communauté nouvelle ».
La moitié de ces fondations sont d’origine québécoise,
tandis que l’autre moitié est constituée
de communautés ayant été fondées
originellement en France. Par ailleurs, nous pouvons également
noter que certaines communautés de fondation québécoise
ont, à leur tour, essaimé à l’étranger.
En ce qui regarde le nombre de nouvelles communautés dans
le reste du Canada, je ne possède, pour l’instant,
aucune donnée exhaustive à ce sujet. Nous pouvons
toutefois penser que les fondations nouvelles sont plus nombreuses
au Québec que dans le reste du pays, un peu d’ailleurs
comme il en est pour l’ensemble des communautés
anciennes (11).
3.
Caractéristiques générales
J’ai tenté, jusqu’ici, de décrire
le phénomène des nouvelles communautés religieuses
en Amérique du Nord dans une perspective, avant tout,
factuelle. Je désire maintenant, à partir de ce
que moi-même, et d’autres, avons pu observer dans
la vie de ces communautés, présenter quelques caractéristiques
qui agissent comme source d’attrait au plan des vocations.
J’aborderai quatre grands items. Le premier a trait à la
vie communautaire des fondations nouvelles. Le second regarde
la quête spirituelle au cœur de la vie des membres.
Le troisième concerne la place des nouvelles communautés
au sein de la communion ecclésiale. Et enfin, le quatrième
item, traitera des nouvelles communautés et de leur apport à la
mission de l’Église dans le monde.
a.
L’option
communautaire
Avec des variantes liées au mode de vie consacrée
qu’elles adoptent (vie monastique, apostolique, semi-contemplatif,
etc.), les nouvelles communautés religieuses se caractérisent
habituellement par une option claire pour une vie communautaire
intense et signifiante. Comme le rapporte la sociologue américaine,
Mary Johnson, les jeunes, en particulier, aspirent à une
vie communautaire épanouissante (12). Les nouvelles communautés
offrent, la plupart du temps, un milieu de vie de ce type. On
y valorise les relations humaines chaleureuses plutôt que
les rapports fonctionnels, on y crée des espaces pour
les échanges, on y aime « fêter » également,
tout cela avec une note de joie et de gratuité. Ces éléments
attirent.
Par ailleurs, l’option communautaire de ces nouvelles
fondations revêt également une visée évangélisatrice
par le biais du témoignage. Selon le Rapport d’analyse
des mini-congrès francophones ayant eu lieu en préparation
du troisième Congrès continental sur les vocations, « chez
les jeunes, c’est le témoignage de vie qui remporte
la palme de popularité dans les signes porteurs d’espérance
pour l’avenir des vocations » (13). Ce témoignage
que veulent rendre les nouvelles communautés s’exprime
dans un « vivre ensemble », qui entend
refléter l’idéal de la communauté chrétienne
primitive (Ac 2). Le témoignage réside également
dans le fait de privilégier des engagements apostoliques
communautaires, par exemple des « équipes » d’évangélisation,
plutôt que des engagements individuels.
Une autre source d’attrait est liée à la
composition des membres de ces communautés. Maria Casey,
parle des nouvelles communautés en terme de « microcosme ecclésial(14)».
Il est surtout question ici des communautés de type « communauté nouvelle ».
La mixité hommes/femmes, et le cas échéant,
la présence de membres mariés, constituent des
facteurs d’attraits pour nombre de personnes. Ce mode de
vie apparaît alors comme « viable », « enrichissant » et « équilibrant »,
au dire des membres eux-mêmes (15).
Il faut noter,
enfin, que plusieurs communautés affichent
des moyennes d’âge relativement basses. Dans certaines
communautés l’âge ne dépasse guère
les trente ans. Comme le dit l’adage, « les
jeunes attirent les jeunes ». Il s’agit certainement
d’un facteur d’attrait, quoi qu’il ne soit
pas le seul, puisque des personnes d’âge plus avancé se
joignent également à ces communautés. Par
ailleurs, il faut aussi noter que certaines nouvelles communautés
comptent après vingt, voire trente ans d’existence,
leur lot d’« anciens ». Elles en
sont parfois à leur deuxième génération
de membres. Ces communautés vivent actuellement, pour
reprendre l’expression de Jean-Paul II, l’étape
de la « maturité ecclésiale » (16).
b.
La quête
spirituelle
L’Instrumentum Laboris (17), le « document
de travail » préparatoire au Congrès,
ainsi que les rapports des congrès diocésains francophones
et anglophones (18), montrent clairement que la soif spirituelle
est grande dans nos sociétés. Je ne vous apprends
rien ! Pas de surprise non plus en disant que c’est particulièrement
chez les jeunes où est ressenti le plus douloureusement
la détresse spirituelle (19). Il convient cependant d’insister
sur ce fait. Les nouvelles communautés sont habituellement
attirantes et crédibles parce qu’elles accordent
une priorité à la quête spirituelle, et,
particulièrement, à la prière.
Les membres des nouvelles communautés consacrent du temps à la
prière. Selon les sensibilités de chaque communauté,
on y valorise des liturgies soignées, parfois même
déployées, on y fait appel au chant, à la
danse liturgique, ainsi qu’à certaines expressions
que j’appellerais plus « extériorisées » de
la prière – je pense particulièrement aux
communautés proches du Renouveau Charismatique. Par ailleurs,
les nouvelles communautés privilégient aussi le
silence et le calme, prenant, par exemple, la forme de l’oraison
ou encore de l’adoration eucharistique (20).
La place accordée à la quête spirituelle
et à la prière, modèle également
les structures communautaires. L’étude américaine
du CARA, montre, qu’aux côtés des communautés
qui perpétuent la tradition « apostolique » de
la vie consacrée, il y a aussi un certain nombre de communautés
de type « monastique ». D’autres
encore se réclament d’un modèle « semi-contemplatif »,
faisant une synthèse de l’idéal monastique
et l’idéal apostolique (21). Nous rencontrons des
caractéristiques
similaires au sein des communautés canadiennes.
c.
Des communautés en Église
Pour reprendre l’image de l’arbre employé dans
Lumen gentium, au chapitre consacré aux « religieux » (22),
les nouvelles communautés peuvent être vues comme
des bourgeons éclos sur l’antique arbre de l’Église.
Véritable oeuvre de l’Esprit, selon Vita consecrata
(23), les nouvelles communautés religieuses naissent dans
et pour l’Église.
Au plan ecclésial, les nouvelles communautés expriment
leur appartenance, entre autres, par leur désir d’avoir
une part active dans la mission de l’Église et par
leur recherche d’insertion au sein de la structure ecclésiale.
L’étude du CARA montre que la parole du pape, ainsi
que l’enseignement du Magistère de l’Église,
trouvent habituellement un accueil favorable au sein des nouvelles
communautés – tant aux États-Unis qu’au
Canada – (24). L’Église catholique, riche
d’une
tradition religieuse longue et éprouvée, constitue
un lieu crédible où les membres inscrivent et nourrissent
leur quête spirituelle.
Au plan de la vie consacrée, il est évident que
les nouvelles communautés ne naissent pas en vase clos.
Elles participent à la vie contemporaine de l’Église
et sont, de par leur appartenance ecclésiale, les héritières
des traditions de la vie consacrée, traditions aussi variées
qu’anciennes. L’étude du CARA révèle
que les nouvelles communautés n’hésitent
pas à s’inspirer de certains éléments
appartenant aux traditions existantes de la vie consacrée.
Au nombre de ces traditions, figurent en tête de liste :
la tradition franciscaine (22 %), carmélitaine (12 %)
et bénédictine (11 %); nous pouvons également
compter, les traditions dominicaines, ignatiennes, salésiennes
ou encore augustiniennes (25). Par ailleurs, toute nouvelle communauté revendique
aussi un caractère original, qu’il s’agisse
d’une nuance apportée à une tradition de
vie consacrée déjà existante, ou encore
d’une nouvelle « vision » ou d’une « spiritualité » moderne
(26). Nous pouvons penser, pour ne mentionner que ceux-là, à la
spiritualité de Charles de Foucauld ou encore à une
spiritualité plus « charismatique »,
comme c’est le cas pour les communautés qui ont
vu le jour dans la foulée du Renouveau Charismatique.
Certaines communautés accentuent également la dimension
oecuménique du christianisme en intégrant, par
exemple, certains éléments de la tradition chrétienne
orientale.
d.
Une présence évangélisatrice sur la
scène sociale
Je l’ai déjà mentionné, les nouvelles
communautés souhaitent participer de plein pied à la
mission évangélisatrice de l’Église
dans le monde. Nous savons, au regard de l’histoire, combien
précieuse a toujours été le travail ingénieux
des communautés religieuses dans cette annonce de l’Évangile.
Le journal Le Devoir, dans un cahier spécial consacré aux
vocations, publiait au début d’avril un article
qui relatait justement l’apport des communautés
religieuses au service de la collectivité québécoise.
On y rappelait, entre autres, comment dans le passé les
communautés religieuses ont investi de nombreux domaines
du champ social, et comment, encore aujourd’hui, des religieuses
et des religieux poursuivent leur mission, mais souvent dans
un cadre institutionnel plus léger (27).
Les nouvelles communautés souhaitent, elles aussi, être
une présence d’Évangile sur la scène
sociale. À l’instar des communautés anciennes,
elles portent également le souci des pauvres. Ces pauvres
sont ceux de l’indigence, ceux qui sont brisés par
la vie ou encore fragilisés dans leur personne. Les nouvelles
communautés font souvent une large place à l’accueil
du pauvre; par contre, peu investissent dans un service institutionnalisé (28). « La
plupart des communautés nouvelles, affirme-t-on dans l’Instrumentum
laboris, préfèrent se mettre directement au service
des personnes dans le besoin (29)».
Il y a une autre forme de pauvreté à laquelle
les nouvelles communautés sont particulièrement
sensibles, et c’est l’ignorance religieuse de leurs
contemporains. J’aimerais citer un passage tiré du
rapport d’analyse des mini-congrès diocésains
francophones sur les vocations:
Les jeunes ne connaissent pas l’Église, ont peu
entendu parler des vocations. D’ailleurs, dans ce groupe
d’âge, l’ignorance religieuse figure au premier
rang du palmarès des obstacles aux vocations. Par ignorance
religieuse, on entend la méconnaissance du Christ, de
son Église et son Évangile, l’absence d’appels
et d’interpellation (peu d’évangélisation
et d’occasions d’être interpellés au
nom de Jésus Christ). Cette vacuité nuit définitivement à l’engagement
des jeunes en vie consacrée [...]. Les jeunes n’ont
pas entendu, il faut se rendre à l’évidence :
ils ont soif, ils sont avides de Dieu, mais de quel Dieu ? Car
plusieurs ne l’ont pas rencontré : leur a-t-on
présenté ? (30).
Le mot « évangélisation » définit
habituellement assez bien les propos apostoliques des nouvelles
communautés. C’est d’ailleurs ce que disait
Vita consecrata à leur sujet en affirmant que leurs « visées
apostoliques s’ouvrent aux nécessités de
la nouvelle évangélisation » (31). L’apostolat
des nouvelles communautés peut prendre la forme de l’accueil,
du témoignage dans les écoles et dans les communautés
chrétiennes, de l’animation de retraites, de rassemblements-jeunesses
ou encore de mouvements. Nous retrouvons également un
certain nombre de communautés prendre une part active
aux Journées Mondiales de la Jeunesse.
4.
Nouvelles communautés et réflexion sur les
vocations en Amérique du Nord : quelques souhaits.
Dans le paysage ecclésial contemporain, il y a certaines Églises
locales d’Amérique du Nord où les nouvelles
communautés sont à compter parmi les éléments
les plus dynamiques de la vie ecclésiale. En d’autres
lieux, leur présence est encore une réalité timide,
voire méconnue. Quoi qu’il en soit, la présence
de ces communautés au sein de notre Église ne peut
pas nous laisser indifférents, nous qui réfléchissons à la
question des vocations.
À l’origine de cette contribution, j’avais
un souhait. Celle de permettre aux nouvelles communautés,
dans une certaine mesure, de joindre leurs voix à toutes
celles qui se sont faites entendre à l’occasion
du Congrès. Mes propos laissent assurément une
foule de questions ouvertes, et j’en suis heureux ! J’en
suis heureux parce que cela correspond bien au phénomène
de ces nouvelles communautés que l’Église
accueille comme fruit de l’Esprit (32) mais aussi comme
objet de discernement (33). En effet, la présence des
nouvelles communautés religieuses dans l’Église
stimule la recherche théologique, particulièrement
dans le domaine de la vie consacrée; elle aiguillonne également
la réflexion au plan du droit canonique; et je souhaite,
par ailleurs, qu’elle puisse aussi susciter, dans l’avenir,
des études dans les disciplines sociologiques, psychologiques,
historiques... En d’autres mots, beaucoup reste à faire
dans ces domaines !
Au cours du Congrès, il a été question,
de multiples manières, de la vitalité de la vie
consacrée dans les communautés anciennes aussi
bien que dans les communautés religieuses de fondation
plus récente. Il a, en outre, été possible
d’identifier certaines conditions favorisant un renouveau
de la vie des communautés, toujours dans la perspective
de promouvoir les vocations à la vie consacrée
et au ministère ordonné. Sur ce plan, les communautés
anciennes et les communautés nouvelles ne sont pas sans
s’interpeller mutuellement ! C’est ce que souligne,
d’ailleurs, l’exhortation apostolique Vita consecrata,
en affirmant que « ces nouvelles associations de vie évangélique
ne remplacent pas les institutions antérieures, qui continuent à occuper
la place éminente que la tradition leur a assignée.
[...] Les Instituts anciens, dont beaucoup sont passés
par le crible d’épreuves très dures, supportées
avec courage au long des siècles, peuvent s’enrichir
grâce au dialogue et à l’échange de
dons avec les fondations qui naissent en notre temps (34)».
Je
terminerai donc en formulant un grand souhait. Il s’énonce
en trois mots : « bâtir des ponts ».
Créer des liens entre les communautés anciennes,
fortes de leur expérience et de leur sagesse, et les nouvelles
communautés, fortes de leur enthousiasme et de leur jeunesse.
J’ai la conviction que la vie consacrée ne connaîtra
d’authentique vitalité qu’à condition
qu’il puisse exister un tel enrichissement mutuel ! 
(La majeure partie de cet article est paru dans La vie des
communautés
religieuses, novembre-décembre 2002, pp. 301-311.)
1. J’entends réfléchir à la problématique
des vocations principalement sous l’angle des vocations à la
vie consacrée. Quant aux vocations au ministère
ordonné, qui sont également présentes dans
ces communautés, le présent cadre ne me permet
pas d’aborder spécifiquement cette question.
2. En
raison de la présence d’hommes et de femmes,
et le cas échéant, de membres mariés, les « communautés
nouvelles » présentent une problématique
particulière au regard du cadre canonique actuellement
en vigueur, et interrogent également la définition
traditionnellement admise de la « vie consacrée ».
Sur ce sujet, voir particulièrement l’étude
de Maria Casey portant sur l’approbation des nouvelles
formes de vie consacrée à la lumière du
canon 605 : Breaking from the Bud. New Forms of Consecrated
Life, Burwood (Australia), Sisters of St. Joseph NSW, 2001, 301
p. Voir également : Giorgio Feliciani, « Quel
statut canonique pour les communautés nouvelles ? »,
in Hervé Catta (dir.), L’Église dans la mondialisation.
L’apport des Communautés nouvelles, Paris, Éditions
de l’Emmanuel, 2001, pp. 83-106; Marie-Aleth Trapet, Pour
l’avenir des nouvelles communautés dans l’Église,
Paris, Desclée de Brouwer, 1987, 222 p.
3. Bryan T. Froehle (dir.), Emerging Religious Communities in the
United States, Washington, Center for Applied Research in the Apostolate
(CARA), Georgetown University, 1999, 136 p.
4. Ibid., p. 1.
5. Loc. cit.
6.
Ibid., p. 2.
7. Ibid., p. 4.
8. Ibid., p. 7.
9. Rick van Lier, Les nouvelles communautés religieuses dans l’Église
catholique du Québec, Québec, Université Laval, Programme
de maîtrise en sciences humaines de la religion, Université Laval,
1996, 329 p.
10,
Cf. Ibid., pp. 104-120. Un recensement méthodique des nouvelles communautés
religieuses au Canada reste à faire.
11. Près des trois quarts des communautés religieuses au Canada
sont au Québec. Cf. Conférence Religieuse Canadienne, Statistiques
des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique
au Canada au 1er janvier 2000, Ottawa, 2000, pp. 7. 21. 32.
12. Mary Johnson, « Building Bridges Between Young Adults and Members
of Religious Communities », in Horizon :Journal of the National
Religious Vocation Conference, no. 26, 2, 2001, pp. 9-15, cité dans Instrumentum
Laboris pour le Troisième Congrès continental sur les vocations
au ministère ordonné et à la vie consacrée en Amérique
du Nord, Montréal, 2002, p. 38.
13. Julie Racine, Rapport d’analyse des mini-congrès francophones
ayant eu lieu en préparation du 3e Congrès Continental sur les
Vocations, Montréal, 2002, p. 13, no. 7.2.1 (document disponible au site
du Congrès : www.vocations2002.org - Documents d’intérêt).
14. « microcosm of the Church », Maria Casey, Op cit.,
pp. 189 et 206.
15. Cf. Rick van Lier, Op cit., pp. 204-206.
16. « Discours du Pape aux Mouvements ecclésiaux et aux Communautés
nouvelles », in L’Osservatore Romano, no. 23, 9 juin 1998, p.
3.
17. Instrumentum Laboris pour le Troisième Congrès continental
sur les vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée
en Amérique du Nord, Montréal, 2002, pp. 37-39.
18. Julie Racine, Op cit., 18 p.; William J. Kubacki (dir.), Diocesan/Regional
Congress Data, Montréal, 2002, 15 p.
19. « La soif de Dieu se retrouve unanimement dans les 5 premiers
rangs des signes d’espérance chez tous les groupes d’âge.
Cette soif inscrite au cœur de l’homme et qui mène à la
quête spirituelle est signe d’espérance de manière
plus prononcée chez les jeunes de 30 ans et moins et chez les adultes
de 31 à 50 ans », Julie Racine, Op cit,, p. 14, no. 7.2.2.
20.
Cf. Mary Johnson, Op cit., pp. 9-15, cité dans Instrumentum Laboris ...,
p. 38; cf. Bryan T. Froehle (dir.), Op cit., p. 6.
21. Bryan T. Froehle (dir.), Op.cit, p. 5.
22. Lumen gentium, no. 43.
23. Vita consecrata, no. 5. 62.
24. Bryan T. Froehle (dir.), Op cit., p. 6.
25. bid., p. 4.
26. « new vision or spiritual focus », Bryan T. Froehle
(dir.), Op cit., p. 4.
27.Le Devoir, Montréal, les samedi 6 et dimanche 7 avril 2002, cahier
F, pp. 1-6.
28. Bryan T. Froehle (dir.), Op cit., p. 11.
29. Instrumentum Laboris ..., p. 34; Bryan T. Froehle (dir.), Op cit., p. 11.
30. Julie Racine, Op cit., pp. 9-10, no. 6.1.3.
31. Vita consecrata, no. 62.
32. Jean-Paul II, qui en 1998, s’adressait à des représentants
de mouvements ecclésiaux et de communautés nouvelles réunies à Rome,
disait : « Dès le début de mon pontificat, j’ai
attribué une importance particulière au cheminement des Mouvements
ecclésiaux [qui incluent ici également les nouvelles communautés]
[...]. Ils représentent l’un des fruits les plus significatifs de
ce printemps de l’Église, déjà annoncé par
le Concile Vatican II [...]. », L’Osservatore Romano, no. 23,
9 juin 1998, p. 2. Les Actes de ce congrès ont été publiés
dans: Collectif, Don de l'Esprit, espérance pour les hommes. Rome, le
30 mai 1998 : Rencontre du Saint-Père avec les Mouvements Ecclésiaux
et les Communautés Nouvelles, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des Béatitudes,
1999, 228 p.
33. Cf. Vita consecrata, no. 12. 62. À propos du discernement et de l’accompagnement
des nouvelles communautés, voir : Cardinal Jean-Claude Turcotte,
Les communautés nouvelles (en lien avec l’Instrumentum Laboris,
par. 37, 38, 40 et 87), Ottawa, CECC, (allocution du cardinal J.-C. Turcotte
lors du Synode sur la Vie consacrée, Rome, 11 octobre), document no. 1604
13-10-94, 5 p.; Robert Pléty, Église ordinaire et communautés
nouvelles. Un problème de communication, Paris, Desclée de Brouwer, « Pascal
Thomas – Pratiques chrétiennes », no. 5, 1994, 184 p.;
Maria Casey, Op cit., pp. 168-225.
34. Vita consecrata, no. 62.
Rick van Lier, o.p.« Vitalité de la vie consacrée dans les nouvelles communautés religieuses », in La vie des communautés religieuses, novembre-décembre 2002, pp. 301-311.