La Vie religieuse aujourd'hui

Vitrail de CrozierVitalité de la vie consacrée dans les nouvelles communautés religieuses

frère Rick van Lier, o.p.
Professeur à l’Institut de pastorale des Dominicains

      Du 18 au 22 avril 2002, se tenait, à Montréal, le Troisième congrès continental sur les vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée en Amérique du Nord. L’événement réunissait quelque 1200 délégués, provenant principalement du Canada et des États-Unis. Ce Congrès a été l’occasion pour l’Église nord-américaine de réfléchir aux enjeux entourant les vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée, et a permis de poser les jalons d’une action pastorale concrète pour promouvoir ces vocations. Le présent article a été présenté comme conférence, en atelier, lors de ce Congrès.

     Aux côtés des communautés religieuses de fondation ancienne, où des vocations sont présentes, il existe également des nouvelles communautés religieuses qui suscitent, elles aussi, des adhésions. Qui sont ces communautés ? Quel est leur nombre ? Quels traits présentent-elles, et pourquoi attirent-elles des vocations ? Autant de questions que j’aborderai dans les lignes qui suivent. L’objectif que je poursuis n’est pas d’« expliquer » le phénomène des nouvelles communautés religieuses; je vise plutôt à brosser un portrait global de cette réalité, en tentant d’en dégager quelques-unes des principales caractéristiques qui agissent comme facteurs d’attrait au regard des vocations à la vie consacrée (1).

     Quatre étapes ponctueront ma réflexion. Je commencerai, d’abord, par cerner l’identité des groupes dont il est question. Dans un deuxième temps, j’aborderai la question du nombre de nouvelles fondations en Amérique du Nord. Je présenterai, ensuite, certaines caractéristiques de ces nouvelles communautés, caractéristiques qui sont autant de sources d’attrait pour des vocations. Et pour terminer, je formulerai certains souhaits au regard de la présence de ces nouvelles communautés dans notre réalité ecclésiale, et de leur apport à l’ensemble de la réflexion sur les vocations.

1. Identité des nouvelles communautés religieuses

     J’ai tenu, en introduction, à parler de « nouvelles communautés religieuses ». Il s’agit de l’expression générique par laquelle j’entends identifier les communautés, fondées au cours des trente dernières années – soit depuis le Concile Vatican II –, communautés, dont le projet de vie relève de la « vie consacrée ».

     L’une des impressions que nous pouvons avoir en abordant le phénomène des nouvelles communautés religieuses, est celle de la confusion. En effet, non seulement ces communautés bourgeonnent-elles ici et là, en s’inscrivant dans le sillage des formes connues de la vie consacrée, mais certaines d’entre elles présentent également des traits, qui sont, dans une certaine mesure, originales par rapport aux caractéristiques traditionnelles des instituts de vie consacrée. Pour y voir plus clair, je propose une typologie dans laquelle nous pouvons distinguer deux types de nouvelles communautés: d’une part, il y a les communautés que nous appellerons de type « classique », d’autre part, il y a les communautés de type « communauté nouvelle ».

a. Communautés de type « classique »

     Les communautés de type « classique » sont des communautés composées d’hommes ou de femmes, tous célibataires et professant les conseils évangéliques. Certaines communautés sont constituées en deux branches distinctes hommes/femmes, tout en partageant une origine commune, à savoir la même personne fondatrice et le partage d’un même charisme. Certains membres y sont également ordonnés au diaconat ou au presbytérat. Les communautés de ce type perpétuent les formes traditionnelles des instituts de vie consacrée, tout en y insufflant une vitalité nouvelle.

     Parmi les communautés de ce type figurent, par exemple, les Petits Frères de la Croix, les Franciscains de l’Emmanuel, les frères et les sœurs de la Congrégation St-Jean, les Moines et les Moniales de Bethléem et de l’Assomption de la Vierge, pour ne mentionner que ceux-là.

b. Communautés de type « communauté nouvelle »

     Les communautés de type « communauté nouvelle » présentent, quant à elles, certains traits innovateurs par rapport aux caractéristiques traditionnelles des instituts de vie consacrée.

     Il y a, d’une part, les « communautés nouvelles » que j’appelle du 1er degré. Ce sont des communautés qui réunissent, en une même appartenance, à la fois des hommes et des femmes. Les membres sont tous célibataires, vivent selon les conseils évangéliques et certains sont ordonnés au ministère. Parmi ces communautés nous pouvons mentionner la Famille Myriam Beth’léhem ou encore la communauté Madonna House Apostolate.

     D’autre part, il y a les « communautés nouvelles » du 2e degré. Ce sont des communautés regroupant, comme le type précédent, des hommes et des femmes, mais il y a en plus, des membres mariés – parfois même avec leurs enfants –, ainsi que des personnes ordonnées. Le mode de vie de ces communautés relève de la vie consacrée, et ils y sont engagés soit par vœux, soit par promesse ou encore par d’autres types de liens(2). Parmi les communautés de ce type, nous pouvons mentionner, par exemple, la Communauté des Béatitudes, la Société du Christ Seigneur, la Communauté du Chemin Neuf, la Communauté de l’Emmanuel, la Communauté du Pain de Vie.

2. Ordre de grandeur.

     Cela dit, je voudrais maintenant aborder la question du nombre de nouvelles communautés religieuses en Amérique du Nord. Je débuterai en présentant quelques statistiques provenant des États-Unis.

     En 1999, le Center for Applied Research in the Apostolate (CARA), du Georgetown University à Washington, a, pour la première fois, publié une liste exhaustive des fondations nouvelles apparues aux États-Unis depuis 1965 (3). Dans le cadre de cette étude, il a été possible répertorier un nombre total de 157 fondations nouvelles (4). 136 d’entre elles ont été fondées sur le territoire étasunien, tandis que 21 communautés ont été fondées à l’étranger mais se sont implantées aux États-Unis (5). Toujours selon cette étude, les deux tiers des nouvelles communautés ont vu le jour au cours des vingt dernières années, soit 100 communautés (6). L’autre tiers, au nombre de 53, ont presque toutes été fondées durant les années ‘70. Considérant la proportion des membres masculins et féminins, l’étude révèle que 42 % des nouvelles communautés regroupent uniquement des femmes, 31% exclusivement des hommes, tandis que 27 % des nouvelles fondations conjuguent des appartenances féminines et masculines (7). Quant au nombre de membres, 80 % des communautés ont en deçà de quinze membres; tandis que 20 % d’entre elles affichent un nombre de membres supérieur à ce chiffre, pouvant aller dans certains cas jusqu’à une centaine de membres (8).

     Abordons maintenant la même question, mais pour le Canada. Il faut signaler d’emblée qu’il est difficile de donner un chiffre exact du nombre de nouvelles communautés au Canada, puisqu’il n’existe pas encore, à ma connaissance, de fichier centralisé dénombrant les communautés de fondation récente. Cela dit, il est tout de même possible de présenter une estimation du nombre de nouvelles communautés religieuses présentes au Canada, et plus particulièrement au Québec. En 1996, dans le cadre de mon étude sociologique consacrée aux nouvelles communautés religieuses dans l’Église catholique du Québec (9), j’ai eu la “curiosité” de savoir combien de nouvelles communautés étaient implantées au Québec. – Je dis “curiosité”, parce que le dénombrement de ces nouvelles communautés n’était pas l’objectif principal de mon étude, mais un “à côté” que j’ai trouvé, du reste, fort éclairant – Cette recherche m’a permis d’établir une liste qui dénombre approximativement 21 nouvelles communautés au Québec (10). 7 d’entre elles sont de type « communauté classique »; 14 sont de type « communauté nouvelle ». La moitié de ces fondations sont d’origine québécoise, tandis que l’autre moitié est constituée de communautés ayant été fondées originellement en France. Par ailleurs, nous pouvons également noter que certaines communautés de fondation québécoise ont, à leur tour, essaimé à l’étranger. En ce qui regarde le nombre de nouvelles communautés dans le reste du Canada, je ne possède, pour l’instant, aucune donnée exhaustive à ce sujet. Nous pouvons toutefois penser que les fondations nouvelles sont plus nombreuses au Québec que dans le reste du pays, un peu d’ailleurs comme il en est pour l’ensemble des communautés anciennes (11).

3. Caractéristiques générales

     J’ai tenté, jusqu’ici, de décrire le phénomène des nouvelles communautés religieuses en Amérique du Nord dans une perspective, avant tout, factuelle. Je désire maintenant, à partir de ce que moi-même, et d’autres, avons pu observer dans la vie de ces communautés, présenter quelques caractéristiques qui agissent comme source d’attrait au plan des vocations.

     J’aborderai quatre grands items. Le premier a trait à la vie communautaire des fondations nouvelles. Le second regarde la quête spirituelle au cœur de la vie des membres. Le troisième concerne la place des nouvelles communautés au sein de la communion ecclésiale. Et enfin, le quatrième item, traitera des nouvelles communautés et de leur apport à la mission de l’Église dans le monde.

a. L’option communautaire

     Avec des variantes liées au mode de vie consacrée qu’elles adoptent (vie monastique, apostolique, semi-contemplatif, etc.), les nouvelles communautés religieuses se caractérisent habituellement par une option claire pour une vie communautaire intense et signifiante. Comme le rapporte la sociologue américaine, Mary Johnson, les jeunes, en particulier, aspirent à une vie communautaire épanouissante (12). Les nouvelles communautés offrent, la plupart du temps, un milieu de vie de ce type. On y valorise les relations humaines chaleureuses plutôt que les rapports fonctionnels, on y crée des espaces pour les échanges, on y aime « fêter » également, tout cela avec une note de joie et de gratuité. Ces éléments attirent.

     Par ailleurs, l’option communautaire de ces nouvelles fondations revêt également une visée évangélisatrice par le biais du témoignage. Selon le Rapport d’analyse des mini-congrès francophones ayant eu lieu en préparation du troisième Congrès continental sur les vocations, « chez les jeunes, c’est le témoignage de vie qui remporte la palme de popularité dans les signes porteurs d’espérance pour l’avenir des vocations » (13). Ce témoignage que veulent rendre les nouvelles communautés s’exprime dans un « vivre ensemble », qui entend refléter l’idéal de la communauté chrétienne primitive (Ac 2). Le témoignage réside également dans le fait de privilégier des engagements apostoliques communautaires, par exemple des « équipes » d’évangélisation, plutôt que des engagements individuels.

     Une autre source d’attrait est liée à la composition des membres de ces communautés. Maria Casey, parle des nouvelles communautés en terme de « microcosme ecclésial(14)». Il est surtout question ici des communautés de type « communauté nouvelle ». La mixité hommes/femmes, et le cas échéant, la présence de membres mariés, constituent des facteurs d’attraits pour nombre de personnes. Ce mode de vie apparaît alors comme « viable », « enrichissant » et « équilibrant », au dire des membres eux-mêmes (15).

Il faut noter, enfin, que plusieurs communautés affichent des moyennes d’âge relativement basses. Dans certaines communautés l’âge ne dépasse guère les trente ans. Comme le dit l’adage, « les jeunes attirent les jeunes ». Il s’agit certainement d’un facteur d’attrait, quoi qu’il ne soit pas le seul, puisque des personnes d’âge plus avancé se joignent également à ces communautés. Par ailleurs, il faut aussi noter que certaines nouvelles communautés comptent après vingt, voire trente ans d’existence, leur lot d’« anciens ». Elles en sont parfois à leur deuxième génération de membres. Ces communautés vivent actuellement, pour reprendre l’expression de Jean-Paul II, l’étape de la « maturité ecclésiale » (16).

b. La quête spirituelle

     L’Instrumentum Laboris (17), le « document de travail » préparatoire au Congrès, ainsi que les rapports des congrès diocésains francophones et anglophones (18), montrent clairement que la soif spirituelle est grande dans nos sociétés. Je ne vous apprends rien ! Pas de surprise non plus en disant que c’est particulièrement chez les jeunes où est ressenti le plus douloureusement la détresse spirituelle (19). Il convient cependant d’insister sur ce fait. Les nouvelles communautés sont habituellement attirantes et crédibles parce qu’elles accordent une priorité à la quête spirituelle, et, particulièrement, à la prière.

     Les membres des nouvelles communautés consacrent du temps à la prière. Selon les sensibilités de chaque communauté, on y valorise des liturgies soignées, parfois même déployées, on y fait appel au chant, à la danse liturgique, ainsi qu’à certaines expressions que j’appellerais plus « extériorisées » de la prière – je pense particulièrement aux communautés proches du Renouveau Charismatique. Par ailleurs, les nouvelles communautés privilégient aussi le silence et le calme, prenant, par exemple, la forme de l’oraison ou encore de l’adoration eucharistique (20).

     La place accordée à la quête spirituelle et à la prière, modèle également les structures communautaires. L’étude américaine du CARA, montre, qu’aux côtés des communautés qui perpétuent la tradition « apostolique » de la vie consacrée, il y a aussi un certain nombre de communautés de type « monastique ». D’autres encore se réclament d’un modèle « semi-contemplatif », faisant une synthèse de l’idéal monastique et l’idéal apostolique (21). Nous rencontrons des caractéristiques similaires au sein des communautés canadiennes.

c. Des communautés en Église

     Pour reprendre l’image de l’arbre employé dans Lumen gentium, au chapitre consacré aux « religieux » (22), les nouvelles communautés peuvent être vues comme des bourgeons éclos sur l’antique arbre de l’Église. Véritable oeuvre de l’Esprit, selon Vita consecrata (23), les nouvelles communautés religieuses naissent dans et pour l’Église.

     Au plan ecclésial, les nouvelles communautés expriment leur appartenance, entre autres, par leur désir d’avoir une part active dans la mission de l’Église et par leur recherche d’insertion au sein de la structure ecclésiale. L’étude du CARA montre que la parole du pape, ainsi que l’enseignement du Magistère de l’Église, trouvent habituellement un accueil favorable au sein des nouvelles communautés – tant aux États-Unis qu’au Canada – (24). L’Église catholique, riche d’une tradition religieuse longue et éprouvée, constitue un lieu crédible où les membres inscrivent et nourrissent leur quête spirituelle.

     Au plan de la vie consacrée, il est évident que les nouvelles communautés ne naissent pas en vase clos. Elles participent à la vie contemporaine de l’Église et sont, de par leur appartenance ecclésiale, les héritières des traditions de la vie consacrée, traditions aussi variées qu’anciennes. L’étude du CARA révèle que les nouvelles communautés n’hésitent pas à s’inspirer de certains éléments appartenant aux traditions existantes de la vie consacrée. Au nombre de ces traditions, figurent en tête de liste : la tradition franciscaine (22 %), carmélitaine (12 %) et bénédictine (11 %); nous pouvons également compter, les traditions dominicaines, ignatiennes, salésiennes ou encore augustiniennes (25). Par ailleurs, toute nouvelle communauté revendique aussi un caractère original, qu’il s’agisse d’une nuance apportée à une tradition de vie consacrée déjà existante, ou encore d’une nouvelle « vision » ou d’une « spiritualité » moderne (26). Nous pouvons penser, pour ne mentionner que ceux-là, à la spiritualité de Charles de Foucauld ou encore à une spiritualité plus « charismatique », comme c’est le cas pour les communautés qui ont vu le jour dans la foulée du Renouveau Charismatique. Certaines communautés accentuent également la dimension oecuménique du christianisme en intégrant, par exemple, certains éléments de la tradition chrétienne orientale.

d. Une présence évangélisatrice sur la scène sociale

     Je l’ai déjà mentionné, les nouvelles communautés souhaitent participer de plein pied à la mission évangélisatrice de l’Église dans le monde. Nous savons, au regard de l’histoire, combien précieuse a toujours été le travail ingénieux des communautés religieuses dans cette annonce de l’Évangile. Le journal Le Devoir, dans un cahier spécial consacré aux vocations, publiait au début d’avril un article qui relatait justement l’apport des communautés religieuses au service de la collectivité québécoise. On y rappelait, entre autres, comment dans le passé les communautés religieuses ont investi de nombreux domaines du champ social, et comment, encore aujourd’hui, des religieuses et des religieux poursuivent leur mission, mais souvent dans un cadre institutionnel plus léger (27).

     Les nouvelles communautés souhaitent, elles aussi, être une présence d’Évangile sur la scène sociale. À l’instar des communautés anciennes, elles portent également le souci des pauvres. Ces pauvres sont ceux de l’indigence, ceux qui sont brisés par la vie ou encore fragilisés dans leur personne. Les nouvelles communautés font souvent une large place à l’accueil du pauvre; par contre, peu investissent dans un service institutionnalisé (28). « La plupart des communautés nouvelles, affirme-t-on dans l’Instrumentum laboris, préfèrent se mettre directement au service des personnes dans le besoin (29)».

     Il y a une autre forme de pauvreté à laquelle les nouvelles communautés sont particulièrement sensibles, et c’est l’ignorance religieuse de leurs contemporains. J’aimerais citer un passage tiré du rapport d’analyse des mini-congrès diocésains francophones sur les vocations:

     Les jeunes ne connaissent pas l’Église, ont peu entendu parler des vocations. D’ailleurs, dans ce groupe d’âge, l’ignorance religieuse figure au premier rang du palmarès des obstacles aux vocations. Par ignorance religieuse, on entend la méconnaissance du Christ, de son Église et son Évangile, l’absence d’appels et d’interpellation (peu d’évangélisation et d’occasions d’être interpellés au nom de Jésus Christ). Cette vacuité nuit définitivement à l’engagement des jeunes en vie consacrée [...]. Les jeunes n’ont pas entendu, il faut se rendre à l’évidence : ils ont soif, ils sont avides de Dieu, mais de quel Dieu ? Car plusieurs ne l’ont pas rencontré : leur a-t-on présenté ? (30).

     Le mot « évangélisation » définit habituellement assez bien les propos apostoliques des nouvelles communautés. C’est d’ailleurs ce que disait Vita consecrata à leur sujet en affirmant que leurs « visées apostoliques s’ouvrent aux nécessités de la nouvelle évangélisation » (31). L’apostolat des nouvelles communautés peut prendre la forme de l’accueil, du témoignage dans les écoles et dans les communautés chrétiennes, de l’animation de retraites, de rassemblements-jeunesses ou encore de mouvements. Nous retrouvons également un certain nombre de communautés prendre une part active aux Journées Mondiales de la Jeunesse.

4. Nouvelles communautés et réflexion sur les vocations en Amérique du Nord : quelques souhaits.

     Dans le paysage ecclésial contemporain, il y a certaines Églises locales d’Amérique du Nord où les nouvelles communautés sont à compter parmi les éléments les plus dynamiques de la vie ecclésiale. En d’autres lieux, leur présence est encore une réalité timide, voire méconnue. Quoi qu’il en soit, la présence de ces communautés au sein de notre Église ne peut pas nous laisser indifférents, nous qui réfléchissons à la question des vocations.

     À l’origine de cette contribution, j’avais un souhait. Celle de permettre aux nouvelles communautés, dans une certaine mesure, de joindre leurs voix à toutes celles qui se sont faites entendre à l’occasion du Congrès. Mes propos laissent assurément une foule de questions ouvertes, et j’en suis heureux ! J’en suis heureux parce que cela correspond bien au phénomène de ces nouvelles communautés que l’Église accueille comme fruit de l’Esprit (32) mais aussi comme objet de discernement (33). En effet, la présence des nouvelles communautés religieuses dans l’Église stimule la recherche théologique, particulièrement dans le domaine de la vie consacrée; elle aiguillonne également la réflexion au plan du droit canonique; et je souhaite, par ailleurs, qu’elle puisse aussi susciter, dans l’avenir, des études dans les disciplines sociologiques, psychologiques, historiques... En d’autres mots, beaucoup reste à faire dans ces domaines !

     Au cours du Congrès, il a été question, de multiples manières, de la vitalité de la vie consacrée dans les communautés anciennes aussi bien que dans les communautés religieuses de fondation plus récente. Il a, en outre, été possible d’identifier certaines conditions favorisant un renouveau de la vie des communautés, toujours dans la perspective de promouvoir les vocations à la vie consacrée et au ministère ordonné. Sur ce plan, les communautés anciennes et les communautés nouvelles ne sont pas sans s’interpeller mutuellement ! C’est ce que souligne, d’ailleurs, l’exhortation apostolique Vita consecrata, en affirmant que « ces nouvelles associations de vie évangélique ne remplacent pas les institutions antérieures, qui continuent à occuper la place éminente que la tradition leur a assignée. [...] Les Instituts anciens, dont beaucoup sont passés par le crible d’épreuves très dures, supportées avec courage au long des siècles, peuvent s’enrichir grâce au dialogue et à l’échange de dons avec les fondations qui naissent en notre temps (34)».

     Je terminerai donc en formulant un grand souhait. Il s’énonce en trois mots : « bâtir des ponts ». Créer des liens entre les communautés anciennes, fortes de leur expérience et de leur sagesse, et les nouvelles communautés, fortes de leur enthousiasme et de leur jeunesse. J’ai la conviction que la vie consacrée ne connaîtra d’authentique vitalité qu’à condition qu’il puisse exister un tel enrichissement mutuel ! fin de l'article

(La majeure partie de cet article est paru dans La vie des communautés religieuses, novembre-décembre 2002, pp. 301-311.)


1. J’entends réfléchir à la problématique des vocations principalement sous l’angle des vocations à la vie consacrée. Quant aux vocations au ministère ordonné, qui sont également présentes dans ces communautés, le présent cadre ne me permet pas d’aborder spécifiquement cette question.
2. En raison de la présence d’hommes et de femmes, et le cas échéant, de membres mariés, les « communautés nouvelles » présentent une problématique particulière au regard du cadre canonique actuellement en vigueur, et interrogent également la définition traditionnellement admise de la « vie consacrée ». Sur ce sujet, voir particulièrement l’étude de Maria Casey portant sur l’approbation des nouvelles formes de vie consacrée à la lumière du canon 605 : Breaking from the Bud. New Forms of Consecrated Life, Burwood (Australia), Sisters of St. Joseph NSW, 2001, 301 p. Voir également : Giorgio Feliciani, « Quel statut canonique pour les communautés nouvelles ? », in Hervé Catta (dir.), L’Église dans la mondialisation. L’apport des Communautés nouvelles, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2001, pp. 83-106; Marie-Aleth Trapet, Pour l’avenir des nouvelles communautés dans l’Église, Paris, Desclée de Brouwer, 1987, 222 p.
3. Bryan T. Froehle (dir.), Emerging Religious Communities in the United States, Washington, Center for Applied Research in the Apostolate (CARA), Georgetown University, 1999, 136 p.
4. Ibid., p. 1.
5. Loc. cit.
6. Ibid., p. 2.
7. Ibid., p. 4.
8. Ibid., p. 7.
9. Rick van Lier, Les nouvelles communautés religieuses dans l’Église catholique du Québec, Québec, Université Laval, Programme de maîtrise en sciences humaines de la religion, Université Laval, 1996, 329 p.
10, Cf. Ibid., pp. 104-120. Un recensement méthodique des nouvelles communautés religieuses au Canada reste à faire.
11. Près des trois quarts des communautés religieuses au Canada sont au Québec. Cf. Conférence Religieuse Canadienne, Statistiques des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique au Canada au 1er janvier 2000, Ottawa, 2000, pp. 7. 21. 32.
12. Mary Johnson, « Building Bridges Between Young Adults and Members of Religious Communities », in Horizon :Journal of the National Religious Vocation Conference, no. 26, 2, 2001, pp. 9-15, cité dans Instrumentum Laboris pour le Troisième Congrès continental sur les vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée en Amérique du Nord, Montréal, 2002, p. 38.
13. Julie Racine, Rapport d’analyse des mini-congrès francophones ayant eu lieu en préparation du 3e Congrès Continental sur les Vocations, Montréal, 2002, p. 13, no. 7.2.1 (document disponible au site du Congrès : www.vocations2002.org - Documents d’intérêt).
14. « microcosm of the Church », Maria Casey, Op cit., pp. 189 et 206.
15. Cf. Rick van Lier, Op cit., pp. 204-206.
16. « Discours du Pape aux Mouvements ecclésiaux et aux Communautés nouvelles », in L’Osservatore Romano, no. 23, 9 juin 1998, p. 3.
17. Instrumentum Laboris pour le Troisième Congrès continental sur les vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée en Amérique du Nord, Montréal, 2002, pp. 37-39.
18. Julie Racine, Op cit., 18 p.; William J. Kubacki (dir.), Diocesan/Regional Congress Data, Montréal, 2002, 15 p.
19. « La soif de Dieu se retrouve unanimement dans les 5 premiers rangs des signes d’espérance chez tous les groupes d’âge. Cette soif inscrite au cœur de l’homme et qui mène à la quête spirituelle est signe d’espérance de manière plus prononcée chez les jeunes de 30 ans et moins et chez les adultes de 31 à 50 ans », Julie Racine, Op cit,, p. 14, no. 7.2.2.
20. Cf. Mary Johnson, Op cit., pp. 9-15, cité dans Instrumentum Laboris ..., p. 38; cf. Bryan T. Froehle (dir.), Op cit., p. 6.
21. Bryan T. Froehle (dir.), Op.cit, p. 5.
22. Lumen gentium, no. 43.
23. Vita consecrata, no. 5. 62.
24. Bryan T. Froehle (dir.), Op cit., p. 6.
25. bid., p. 4.
26. « new vision or spiritual focus », Bryan T. Froehle (dir.), Op cit., p. 4.
27.Le Devoir, Montréal, les samedi 6 et dimanche 7 avril 2002, cahier F, pp. 1-6.
28. Bryan T. Froehle (dir.), Op cit., p. 11.
29. Instrumentum Laboris ..., p. 34; Bryan T. Froehle (dir.), Op cit., p. 11.
30. Julie Racine, Op cit., pp. 9-10, no. 6.1.3.
31. Vita consecrata, no. 62.
32. Jean-Paul II, qui en 1998, s’adressait à des représentants de mouvements ecclésiaux et de communautés nouvelles réunies à Rome, disait : « Dès le début de mon pontificat, j’ai attribué une importance particulière au cheminement des Mouvements ecclésiaux [qui incluent ici également les nouvelles communautés] [...]. Ils représentent l’un des fruits les plus significatifs de ce printemps de l’Église, déjà annoncé par le Concile Vatican II [...]. », L’Osservatore Romano, no. 23, 9 juin 1998, p. 2. Les Actes de ce congrès ont été publiés dans: Collectif, Don de l'Esprit, espérance pour les hommes. Rome, le 30 mai 1998 : Rencontre du Saint-Père avec les Mouvements Ecclésiaux et les Communautés Nouvelles, Nouan-le-Fuzelier, Éditions des Béatitudes, 1999, 228 p.
33. Cf. Vita consecrata, no. 12. 62. À propos du discernement et de l’accompagnement des nouvelles communautés, voir : Cardinal Jean-Claude Turcotte, Les communautés nouvelles (en lien avec l’Instrumentum Laboris, par. 37, 38, 40 et 87), Ottawa, CECC, (allocution du cardinal J.-C. Turcotte lors du Synode sur la Vie consacrée, Rome, 11 octobre), document no. 1604 13-10-94, 5 p.; Robert Pléty, Église ordinaire et communautés nouvelles. Un problème de communication, Paris, Desclée de Brouwer, « Pascal Thomas – Pratiques chrétiennes », no. 5, 1994, 184 p.; Maria Casey, Op cit., pp. 168-225.
34. Vita consecrata, no. 62.


Rick van Lier, o.p.« Vitalité de la vie consacrée dans les nouvelles communautés religieuses », in La vie des communautés religieuses, novembre-décembre 2002, pp. 301-311.

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