« Pour
discerner où est ma voie »
par
Pierre-Marie Delfieux
Même
en sachant que le Père qui nous aime nous attend en sa
maison, que le Fils qui est notre Maître nous enseigne,
et que l’Esprit qui est notre Guide nous conduit sur la
route, nous ne connaissons pas pour autant, dès le départ
et dans le détail, l’itinéraire à prendre
(Jn 14, 1-3; Mt 23, 8-10). Certes, le Père nous appelle
clairement à la sainteté; le Christ est pour nous
la voie, la vérité et la vie (Jn 14, 6); et le
Saint-Esprit est notre lumière quotidien. Mais le Seigneur
a mis en nous la liberté de la gloire des enfants de Dieu
(Rm 8, 21). Que faire donc avec ce qui reste pour nous, après
la vie et l’amour, le plus précieux de tous les
dons ? Il faut discerner à quoi on est appelé.
Or
discerner l’orientation de sa vie est l’aventure
la plus passionnante qui soit. Mais c’est aussi la plus
risquée. L’aventure est passionnante, parce qu’elle
fait appel au plus beau de la liberté, de l’intelligence
et de l’amour. Elle est risquée, car il peut être
douloureux de ne pas trouver sa place, et grave de se tromper
de route.
Rien
n’est plus libre donc, puisque nous voilà conduits à choisir
personnellement l’orientation et la conduite de notre vie
où tout est à nous. Et rien n’est plus déterminé puisque
le Dieu qui nous a sauvés, nous a aussi tous appelés
d’un saint appel et que toute une série de données
s’imposent à nous du dehors ou résonnent
au-dedans (1 Co 3, 21; 2 Tm 1, 9).
Il
est donc vital et urgent de bien discerner, surtout quand on
a entre
dix-huit et trente ans, ce à quoi on est appelé.
Car nous ne sommes ni contraints, ni abandonnés, ni sans
lumière, ni sans soutien. Réellement munis de grâce
en notre pleine liberté (Jn 1, 16).
Trois
conditions de départ
Si
nous voulons vivre à la lumière de l’Évangile,
Jésus nous dit lui-même que nous devons tout d’abord
bâtir notre maison en l’édifiant sur le roc
(Mt 7, 24). Le roc de la foi et de la confiance en Dieu. Il nous
dit ensuite que nous devons enraciner l’arbre de notre
vie dans la bonne terre, si nous voulons qu’il porte de
bons fruits (Mt 7, 17). La bonne terre de l’humilité.
Et il nous indique enfin où est la vraie route qui peut
nous conduire à la Maison du Père. La route qui
porte le propre nom de celui qui s’est fait le chemin de
nos vies (Jn 14, 1-6). Nous pouvons alors avoir l’assurance
que notre vocation sera bien éclairée, bien perçue
et bien orientée. Sinon, nous ne ferons que ce qui nous
plaît et nous courons le risque de ne rencontrer que de
courtes satisfactions et d’aller au-devant de grandes désillusions.
Et l’on n’a pas le droit, sachant cela, de planter
un arbre stérile, de bâtir une maison qui croule
et de prendre une route où l’on se fourvoie.
Il
ne peut donc rien nous advenir de meilleur que ce que le Père souhaite pour chacun et chacune de nous, car il est
le Dieu Tout-Aimant et Tout-Puissant (Jn 6, 44-45). Nous pouvons
donc lui faire confiance. Dès l’abord tout s’éclaire.
Le terrain est déblayé, la brume de l’embarras
se lève (He 11, 13-14). L’horizon se dévoile,
le terme du pèlerinage est précisé :
Cherchez d’abord le Royaume et sa justice et tout le reste
vous sera donné par surcroît (Mt 6, 33).
Qu’aurions-nous à craindre ? Il est fidèle,
celui qui nous appelle (1 Th 5, 24). Qu’aurions-nous encore à chercher
? Cherchez à imiter Dieu comme des enfants bien-aimés
(Ép 5, 1). Ce que nous avons à vivre consiste donc
moins à être trouvés qu’à être
reçus de Dieu. On peut discerner ce qui plaît au
Seigneur en optant d’entrée de jeu pour la manière
de vivre qui plaît au Seigneur en optant d’entrée
de jeu pour la manière de vivre qui plaît à Dieu
(Ép 5, 10). Il ne peut donc rien nous arriver que de bon.
Quelle assurance pour les enfants de Dieu que nous sommes (1
Jn 3, 1) ! C’est le Seigneur qui porte dans son propre
cœur le plus beau projet de ma propre vie. Notre vocation
n’est donc pas d’abord à trouver mais à recevoir
de sa main (1 Jn 3, 22). Si nous en sommes convaincus, nous pouvons
avancer en paix. Nous savons ce qui est écrit : Dieu
nous a choisi dès le commencement pour être sauvés
par l’Esprit qui sanctifie et la foi en la vérité.
Et l’apôtre précise : C’est à quoi
il vous a appelés par notre Évangile pour que vous
acquerriez la gloire de notre Seigneur Jésus Christ (2
Th 2, 13-14). Qui pourrait imaginer pour sa propre vie un meilleur
projet ?
Un
commun appel qui s’adresse à tous
Les
talents étant diversement répartis entre les
hommes il est clair que Dieu s’adresse à la fois
communément à tous et diversement à chacun
(Mt 25, 14-13). Le Père propose à chacun sa vocation,
que soutient toujours la grâce de Dieu qui est source de
salut pour tous les hommes. Pour tout chrétien la route
est donc balisée dans ses grandes lignes (Tt 2, 11).
Première conviction : il n’y a pour tous qu’une
seule vocation et qui n’est pas facultative, c’est
celle à la sainteté (Lv 19, 2). Peu importe notre état
de vie , notre lieu d’insertion, notre engagement social,
ecclésial ou familial (1 Th 4, 3). Tout ceci, sans être
secondaire, est second. Mais nous sommes tous appelés à être
saints. Tous saints (Mt 5, 48).
Deuxième certitude : toute vie baptismale ne peut
se vivre qu’en référence à l’Évangile
et à l’imitation du Christ. C’est en lui qu’il
nous faut marcher, enracinés et édifiés
en lui (Col 2, 6-7). Si tel est le cas, notre route est éclairée,
notre maison peut tenir, notre arbre porter du fruit. L’Évangile,
ainsi vécu sur les pas de Jésus, devient à la
fois l’Évangile de la vie et l’Évangile
du salut (Ép 1, 13).
Troisième vérité : l’Esprit
de Dieu est là, en chacun de nous, qui inspire en nous à la
fois l’action et l’intention au profit de ses bienveillants
desseins (Ph 2, 13). Chacun, du dedans, est donc habité par
la grâce et animé de la vie divine. Que craindre
dès lors en nous donnant ainsi, sous la mouvance de l’Esprit,
au Seigneur qui s’est fait Serviteur pour mieux nous appeler
au partage de son Règne (Ga 3, 14)?
Quatrième évidence : en toute vie, quelle
qu’elle soit, il y a des épreuves, des limites,
des difficultés, des renversements, des imprévus,
des souffrances (Jn 15, 18-20). Le choix d’une vocation
ne peut donc consister à éviter de porter sa croix
de chaque jour. Il y en a en tous domaines et en tous états
de vie. Il consiste à choisir de porter sa croix à la
suite du Christ, lui qui est présent en toute existence,
qui la porte alors avec nous et même pour nous (Lc 9, 22;
1 P 2, 21).
L’essentiel de notre vie chrétienne consiste dès
lors, autre affirmation évangélique, à vivre
d’amour et de foi. L’essentiel est bien d’aimer
en effet, sinon on n’est rien, en puisant par la foi à la
source de l’amour jailli de la prière, sinon on
ne peut rien faire. C’est définitivement dit :
Seule compte la foi s’exerçant dans la charité (1
Co 13, 1-8; Jn 15, 5; Ga 5, 6).
C’est ainsi qu’on peut dire que toute vocation chrétienne
est une vocation à la nuptialité. Mariés,
célibataires ou consacrée, nous sommes tous invités à aimer
dès ici-bas le Christ comme un époux, en attendant
de vivre ce mystère dans l’au-delà des noces éternelles
(Mt 25, 1-6). Car, finalement, c’est Dieu seul qui nous
sanctifie et notre sanctification ne peut donc consister qu’à accueillir
en nous la plénitude de sa vie (Is 54, 5; 62, 5).
Alors,
tout simplement, chacun sera payé par le Seigneur
selon ce qu’il aura fait de bien (Ép 6, 8). Tel
est le chemin commun proposé par le Dieu unique à tous
les hommes de bonne volonté.
Trois
lumières pour éclairer
notre choix
Le
fait qu’un commun appel à la sainteté soit
adressé à chacun et qu’une route commune
soit proposée à tous, ne dispense personne d’aller
plus avant pour préciser son libre choix. Comment donc
discerner plus concrètement encore sa propre vocation
et le choix effectif de son état de vie ?
La
première lumière est tout intérieure.
Elle nous est donnée par ce qu’on peut appeler la
voix de la conscience. Au fond de chaque cœur il y a une
attente, un désir, un attrait. Une sorte de loi inscrite
au plus intime par laquelle, du dedans, Dieu parle à chacun
(Rm 2, 15). Et c’est d’abord à cela qu’il
faut répondre en toute liberté. Car là où est
l’Esprit du Seigneur, là est la liberté (2
Co 3, 17).
Il
faut donc choisir premièrement ce que l’on veut,
ce vers quoi penche son cœur, son cœur profond; ce à quoi
aspire son âme, son âme immortelle; ce pour quoi
son esprit se sent appelé, son esprit divin à qui
s’unit en personne l’Esprit Saint (Rm 8, 16). On
doit aimer le métier que l’on choisit, désirer
l’état de vie que l’on épouse, être à l’aise
avec la forme d’existence vers laquelle s’oriente.
Tout en restant, bien sûr, attentif à l’appel
au plus parfait (Mt 19, 21). Le test est alors la joie et la
paix que l’on ressent en son âme, à la pensée
d’un tel choix et que, même s’il en coûte
un peu de le poser, c’est vers cela malgré tout
que l’on se sent attiré. Dieu nous fait alors la
grâce de nous conduire à coïncider avec sa
volonté; et de nous sentir libres et en paix à l’égard
de ses bienveillants desseins (Ép 1, 9).
La
deuxième lumière est plus extérieure.
Elle jaillit de ce que l’on peut appeler la grâce
des événements. Ces événements qui,
depuis notre naissance jusqu’à ce jour, tissent
notre vie. Que m’ont apporté la famille où je
suis né, l’éducation reçue, les études
accomplies, les expériences vécues ? Tel échec
ici, telle réussite là, telle rencontre un jour,
tel passage à vide d’un autre moment ? Tout est
grâce et Dieu qui donne la croissance, de jour et de nuit,
nous conduit et fait, par la puissance de son Esprit, que grandisse
et se fortifie en nous l’homme intérieur (1 Co 3,
6; Ép 3, 16).
Regardons
le fil de notre vie et nous saurons combien il est porter d’autant de petits luminaires qui, au total, tracent
sous nos pas un vrai chemin de lumière (Ps 119, 105).
Voilà aussi les signes des temps qu’il faut savoir
interpréter, comme nous dit Jésus (Mt 16, 3).
La
troisième lumière est à chercher du
côté de ce qu’on peut appeler la confirmation
d’un tiers. Si éclairée que soit notre conscience
en effet, si éloquente que soit la trajectoire de notre
vie, il nous faut bien discerner les esprits. C’est ensemble,
en Église, que l’on devient, au pluriel, foyers
de lumière et enfants de lumière pour discerner
ce qui plaît au Seigneur (1 Co 12, 10; Ph 2, 15; Ép
5, 8-10).
Une
bonne retraite, un long séjour dans un lieu de silence,
l’écoute attentive d’un père spirituel,
tout cela ne peut que nous conduire au renouvellement de notre
jugement qui nous transformera et nous fera discerner quelle
est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît,
ce qui est parfait (Rm 12, 2).
Si
alors, entre la voix de ma conscience, la lumière
des événements de ma vie et la confirmation par
un tiers digne de foi, il y a convergence, ne revendiquons pas
davantage. C’est que la route est là. La décision
ultime m’appartient. Le beau risque de ma liberté porté par
la grâce de l’espérance et de la foi peut
s’exercer. Peut-être n’est-ce pas sans hésitation
ni tremblement. Le diable a la manie de manier la peur et de
semer le trouble. Car il reste, par excellence, l’ennemi
du bien et le père du mensonge (Mt 13, 24-28; Jn 8, 44).
Mais la paix revient vite. La joie monte. On estime, on pense
et finalement on sait que c’est « là » et
que c’est « pour cela ». Peu à peu
tout s’éclaire, se précise, se confirme ou
s’infirme. La décision est prise. Elle devient enfin
adulte. Et l’on avance crânement, humblement, joyeusement
dans la vie.
Rien
ne serait pire ici que l’aboulie, cette maladie de
l’indécision, si propre aux temps modernes, où l’on
a sans cesse envie de toucher à tout sans jamais s’engager à rien.
Comment ne pas se méfier alors du balancement perpétuel
ou du cœur partagé dont un psaume dit que Dieu le
hait (Ps 119, 113). Certes, si rien n’est encore clair,
ne nous laisse durablement en paix, ne nous paraît encore
possible, sans doute faut-il attendre et laisser mûrir.
On ne violente pas, même à l’égard
de soi-même, une liberté. C’est l’amour
que je veux et non les sacrifices (Os 66; Mt 9, 13)). Mais l’amour
existe aussi et il n’existe qu’à travers l’accueil
en soi et le don de soi. Et donc de l’oubli de soi. La
grandeur de l’homme est dans l’engagement serein
de sa vraie liberté (Jn 12, 25).
Quatre
attitudes d’âme pour bien discerner
Il
faut d’abord prier. Prier paisiblement, non pas fébrilement.
Prier longuement et pas seulement quand ça va mal. Prier
pour soi-même afin de demander la lumière pour sa
vie, à Dieu qui est la lumière de toute vie. En
tout besoin recourez à l’oraison et à la
prière, est-il dit (Ph 4, 6). À plus forte raison à l’heure
où l’on discerne le grand choix de sa vie. On oublie
trop souvent de prier pour soi-même !
Il
faut ensuite écouter. Interroger son corps, son âme,
son coeur, son esprit. Interroger son intelligence, son affectivité,
sa volonté, tout en se méfiant du cérébral,
car il ne faut pas calculer, il faut donner. Il y a plus de bonheur à donner
qu’à recevoir, nous dit le Seigneur Jésus
lui-même (Ac 20, 35). L’Évangile et l’Église
sont là pour nous y aider. Ainsi instruit, on est d’autant
plus éclairé. S’il y a discordance entre
toutes ces voix, c’est à Dieu que l’on vient
demander la parole ultime. Il faut obéir à Dieu
plutôt qu’aux hommes. Il saura bien nous aider et
son soutien ne nous manquera jamais.
Il
faut alors se décider. Choisir c’est éliminer.
S’engager à ceci, c’est renoncer à cela.
Rien ne peut se faire ici sans un appel clair à la volonté.
Aucune motivation n’est totalement pure et aucun choix
n’est parfaitement éclairé. Mais il faut
se décider. On ne peut passer sa vie à tergiverser
et à musarder.
Il
faut enfin s’en tenir au choix arrêté.
Tout ici-bas est relatif et donc imparfait. Tout est donc partiellement
décevant. Le bonheur, quelque soit notre état de
vie, n’est pas de ce monde. Mais la paix, la lumière,
la joie nous sont promises et nous sont données. N’est-ce
pas assez pour avancer et pour tenir ? Tenez bon dans le Seigneur
mes bien-aimés, dit l’apôtre Paul (Col 1,
11). Animés d’une puissante énergie, par
la puissance de sa gloire, vous acquerrez une parfaite constance
et endurance. Et l’apôtre Pierre ajoute de son côté :
Ayez beaucoup de zèle pour affermir votre vocation et
votre élection (2 P 1, 10). Ce faisant, pas de danger
que vous tombiez jamais.
On
ne peut sans cesse rêver d’un ailleurs ou d’un
autrement. La communauté parfaite n’existe pas,
sinon on la connaîtrait et tout le monde y serait déjà.
Ou, plus exactement, elle existe et c’est le ciel vers
lequel il faut se mettre en marche. Mais en entrant déjà « quelque
part » pour avancer courageusement avec d’autres
vers cet Au-delà. Vient donc un jour où il faut
se dire : « C’est ici, et pour toujours,
et dès maintenant ». On peut attendre dans
la joie et la paix, avec la force de l’espérance,
la couronne de justice que le Seigneur donnera à tous
ceux qui auront attendu son Apparition avec amour (2 Tm 4, 8).
Et
pour l’appel à la vie consacrée
?
Il
existe en effet un appel très spécial pour
une vie très particulière et qui est celle que
le Droit de l’Église appelle « la vie
consacrée ». Thème sur lequel s’est
tenu, à Rome, tout un synode d’où le pape
Jean-Paul II, éclairé par toutes les lumières
issues de cette rencontre, a tiré le 25 mars 1996 Solennité de
l’Annonciation du Seigneur, l’admirable exhortation
apostolique que l’on sait [Vita consacrata]. Comment savoir
si on y est appelé et si oui, dans quelle forme plus particulière,
parmi toutes celles qui peuvent se présenter ?
Je
dirais personnellement qu’il y a une série de
questions de plus en plus précises qui appellent, chacune,
une réponse donnée.
Il
faut d’abord éclairer le choix entre mariage
et célibat consacré. Les deux vies sont bénies
par Dieu et également routes de sainteté. Le choix
n’est donc pas à poser entre un grand bien et un
moindre bien, même si l’apôtre Paul, dans une
page fameuse, dit équivalemment que celle (ou celui) qui
se marie fait bien et que celle (ou celui) qui choisit la virginité consacrée
fait mieux (1 Co 7). La remarque, ici, est personnelle, plus
que générale; et appelle une réponse subjective,
plus qu’objective. C’est-à-dire que le choix
se pose à moi si je me sens vraiment et personnellement
libre d’opter pour l’un ou l’autre état.
Le
choix du célibat consacré peut alors se prendre,
non pas par peur ou par mépris du mariage ou pour d’autres
motifs négatifs, mais par désir de suivre le Christ,
qui a choisi de n’être pas marié, ou d’imiter
Marie, qui a dit oui à la virginité; sachant que
c’est alors pour plus de disponibilité, pour aimer
de façon encore plus large, plus libre, et plus spirituelle,
en témoignant de l’absolu de Dieu et en vue du Royaume
des cieux (Mt 19, 12).
La
question suivante peut conduire à se demander si on
est disposé à épouser Dame pauvreté et à se
faire obéissant; toujours à la suite du Christ
qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre
pour nous enrichir de sa pauvreté et qui s’est fait
pour nous obéissant pour nous ramener à la justice
et à la vraie liberté (2 Co 8, 9; Rm 5, 19; Ph
2, 8; He 5, 8). Car c’est bien ce type de vœux qu’il
faudra un jour prononcer. Ils doivent donc être vécus
en vérité et en pleine liberté, pour nous épanouir
dans la joie et la paix. Autant de « charismes » qui
se reçoivent plus de Dieu par la grâce, que de « vertus » qui
se conquerraient par la volonté.
L’appel à la vie consacrée ainsi discerné,
conduit alors à choisir entre vie apostolique et vie contemplative.
Les deux voies sont également belles. Mais il faut choisir à laquelle,
personnellement, le Seigneur m’appelle. Suis-je fait pour
une vie d’enseignant, de soignant, de pasteur, plus séculière
? ou pour une vie contemplative, axée d’abord sur
la liturgie, la vie fraternelle et, par là même,
un rayonnement évangélique à partir de ce
double témoignage de la prière commune et de l’amour
partagé ?
Si
l’option nous conduit vers une vie plus active, il
nous reste à chercher auprès de quel séminaire
diocésain ou de quelle congrégation apostolique
s’engager. Si notre vocation nous conduit à opter
pour la vie contemplative, il nous faut alors choisir entre une
forme de vie plus « traditionnelle » (et
qui sera plus globalement claustrale, rurale et abbatiale) et
une forme de vie plus ouverte qui pourra nous conduire vers une « communauté nouvelle ».
Reste
alors à poser un jour ses pas quelque part et se
dire paisiblement, fermement, sagement : « Voilà,
c’est ici que je donne au Christ tout, tout de suite et
pour toujours. » Si notre place est bien celle-là,
nous y goûterons vite la paix et la joie, dans la lumière
et la vérité. 
(Extrait
du livre de Pierre-Marie DELFIEUX, Moine au coeur de la ville,
Paris, Bayard, 2003, pp. 267-274.)