L'image
d'Abraham frappant à la porte de Dieu, demandant pardon en
faveur du peuple de Sodome et de Gomorhe, est une image appropriée
à chacun d'entre nous qui nous appelons nous-mêmes
membres de la Famille de St Dominique. Comme Abraham nous sommes
des mendiants. Nous aussi nous nous tenons debout frappant à
la porte du cur de Dieu, nos mains vides et nos curs
affamés mendiant un morceau de pain, une Parole, le pardon.
Le Notre Père que Jésus a enseigné à
ses disciples est une prière pour mendiants. Nous y demandons
la venue du Royaume de Dieu, nous demandons la volonté de
Dieu, nous demandons le pain quotidien et nous demandons l'indulgence.
Nous
sommes des mendiants, nos mains vides, nos curs affamés.
Comme Abraham et St Dominique, nous mendions à Dieu le don
de sa miséricorde.
"Frappez
et la porte vous sera ouverte"
Dieu
est une Porte qui est toujours ouverte." S'il te plaît,
Seigneur et s'il y avait seulement 10 innocents ? " telle fut
la plaidoirie d'Abraham?. Dieu rouvre la porte encore et encore.
Parmi
les paroles de Jésus dans l'évangile de Luc, aujourd'hui:
"Demande et tu recevras; cherche et tu trouveras; appelle et
il te sera ouvert". Dieu est une porte toujours ouverte.
Notre
histoire chrétienne, en fait, commence avec l'ouverture d'une
porte - la porte d'un humble foyer à Nazareth en Galilée.
C'est encore Luc qui nous dépeint cette scène. Marie
entend frapper à la porte et l'ouvre à un étranger,
un ange nommé Gabriel, et depuis ce jour le monde n'a plus
jamais été le même. Nous sommes ici aujourd'hui,
prêcheurs selon l'esprit de Dominique, parce que cette femme
de grande foi a osé ouvrir sa porte à un étranger,
à une Parole inconnue, une surprise venant de Dieu.
Marie
ouvre sa porte à un étranger, à une Parole
surprenante. Sa vie change et la nôtre aussi.
Mais
elle qui a ouvert sa porte au Verbe-fait-chair était elle-même
entourée de beaucoup de portes fermées. Le long des
rues caillouteuses et battues des vents de Bethléem, Marie
et Joseph ont expérimenté ce que les pauvres expérimentent
à travers le monde: des portes fermées. Comme dans
l'évangile d'aujourd'hui, ils ont entendu derrière
nombre de portes fermées :"Ne me dérangez pas;
la porte a déjà été verrouillée
et mes enfants comme moi-même sommes maintenant couchés."
"Appelle
et il te sera ouvert." Et si l'on n'ouvre pas? Que faisons-nous
lorsque la porte ne s'ouvre pas? En beaucoup de régions d'Amérique
Latine on célèbre chaque année avant Noël
Las Posadas (Les Auberges). Marie et Joseph, cherchant une porte
ouverte pour partager au monde le don de Dieu.
Je
me souviens de Sr Mary O'Driscoll, une sur Dominicaine de
Cabra, posant une question à une conférence il y a
de nombreuses années: "Les pauvres se sentent-ils à
l'aise dans nos maisons? " Cette question ne doit-elle pas
pénétrer au cur même de notre vocation,
comme Dominicains, à être ouverts à la parole
de Dieu chez nos surs et nos frères? Les portes de
nos couvents et de nos prieurés, de nos universités
et de nos paroisses sont-elles ouvertes aux pauvres? Notre salle
à manger est-elle un lieu où nous rompons le pain
avec les étrangers?
L'un
des grands symboles nationaux de mon propre pays est la Statue de
la Liberté (Peut-être quelques uns d'entre vous espériez-vous
partir furtivement aujourd'hui la voir à New York!!). La
Statue de la Liberté a été offerte en don par
le peuple de France, et le poète Emma Lazarus l'a appelée
"la Mère des Exilés". Dans son poème,
inscrit sur la statue on lit les paroles suivantes:
Donnez-moi
vos masses fatiguées, pauvres, entassées désireuses
d'un souffle de liberté
Envoyez-les moi, les sans logis,
ceux qui sont ballottés par la tourmente."
Belles
paroles. Mais disent-elles la vérité? Et nos paroles
nos
multiples paroles. Disent-elles la vérité? Ouvrent-elles
ou ferment-elles les portes?
Sr.
Gabriella, du monastère de Turin, a dit à notre réunion
de commission l'autre jour que la vie de communauté et la
vie contemplative sont deux portes ouvertes - en communication l'une
avec l'autre: "Due porte aperte che comunicano l'una con l'altra".
Ce
sont toujours ces deux portes qui apparaissent dans l'évangile
d'aujourd'hui: "Imaginez que l'un d'entre vous a un ami chez
qui il se rend au milieu de la nuit et lui dit, 'Ami, prête-moi
3 miches de pain, car l'un de mes amis est arrivé chez moi
d'un long voyage
'"
Le
principal personnage de cette histoire est littéralement
pris au milieu - entre deux amis. Il a ouvert sa propre porte pour
son ami fatigué et affamé, et maintenant il se retrouve
lui-même cognant à une autre porte - au milieu de la
nuit - , le texte le souligne - mendiant du pain.
N'est-ce
pas l'expérience de notre Bienheureux Père, St Dominique,
qui pleurait tard dans la nuit, suppliant Dieu en faveur du pauvre,
de l'affamé, du pécheur? Mission et contemplation
se rejoignent quand la porte ouverte à mon voisin et la Porte
ouverte au milieu de ma nuit, criant vers Dieu, deviennent en fait
une seule et même chose.
Voyez,
je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend
ma voix et ouvre la porte, j'entrerai et souperai avec lui et lui
avec moi" (Apocalypse) et ceci de Celui qui a enseigné
à ses disciples à prier: "Frappez et la porte
s'ouvrira".
Le
Dieu à la porte duquel nous appelons dans la prière
du milieu de la nuit est le même qui nous appelle à
la porte, nous demandant abri et pain. Il n'y a qu'une porte.
Nous
sommes des mendiants, des mendiants affamés, cheminant sur
la route d'Emmaüs, frappant à la porte de Dieu pour
obtenir une réponse à notre prière. "Donne-nous
aujourd'hui notre pain de ce jour".
Et
alors, de manière inattendue, nous le reconnaissons à
nouveau - l'Etranger, frappant à la porte - et quelque chose
au fond de nous nous pousse à l'inviter dans notre maison.
Et à travers la porte ouverte il chemine. Et il s'assied
à table avec nous et nous conte quelques histoires et partage
avec nous un peu de vin.
Et
nous le reconnaissons à la fraction du pain."²
