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Dernière mise à jour :
2001-07-23

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Homélies
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Homélie pour la messe du
Saint-Esprit.
Fr. Timothy Radcliffe, o.p. 

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"L'Esprit du Seigneur est sur moi "

Chapitre général électif
Providence

10 juillet 2001

" L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur "

Nous sommes venus à Providence en provenance de toutes les parties du monde. Nous représentons les frères présents dans 102 pays. Ensemble, avec nos invités de la famille dominicaine, nous avons une certaine idée des pauvres qui attendent la Bonne Nouvelle. Chacun de nous avons été témoins de certaines formes de pauvretés : la pauvreté des barrios de l'Amérique latine, ou celle des paumés dans les rues d'Europe. Nous connaissons la pauvreté de ceux et de celles dont les vies sont sans espoir et dénuées de sens, la pauvreté des personnes qui connaissent la guerre, ou encore la pauvreté intellectuelle de tant d'Occidentaux.

Nous avons également vu les prisons que les êtres humains construisent les uns pour les autres, prisons de préjudices et d'idéologies, prisons d'impuissances, prisons de peurs, prisons d'État, ici aux États-Unis, où des centaines de personnes attendent la peine capitale. Nous connaissons les millions de formes d'oppressions qui pèsent sur l'humanité. L'Esprit du Seigneur sera-t-il sur nous afin que nous annoncions la Bonne Nouvelle ? Trouverons-nous une parole d'espérance pour les pauvres ? Partirons-nous de Providence prêts à ouvrir les yeux des aveugles et à libérer les captifs ?

Lorsque Jésus lut le texte, il s'assied. Tous ont les yeux fixé sur lui, et il dit : " Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture. " Aujourd'hui est le jour du Salut, si seulement ils ouvrent leurs oreilles pour entendre. C'est un jour de grâce, s'ils veulent bien écouter.

Si le Chapitre de Providence est pour nous un moment de grâce, alors nous pourrons repartir d'ici renouvelés en tant que prêcheurs, avec quelque chose à dire aux pauvres et aux opprimés. Nous ne sommes pas ici seulement pour rédiger des documents, pour voter des amendements, et pour changer les constitutions. Nous sommes ici pour que soient émises et entendues des paroles d'espérance. Alors nous serons capables de dire : " Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture ". Un Chapitre général devrait être un temps de grâce.

Cela s'est presque produit à Nazareth. Tout avait bien commencé; ils admirèrent les paroles d'espérance que Jésus prononçait. Ils étaient émerveillés par lui. Mais après, tout tourna mal. Ils le dénoncèrent. Il n'était pour eux que le fils de Joseph, leur voisin. Ils le connaissaient trop bien pour entendre ce qu'il avait à dire. Ils tentèrent de le tuer à cause de sa présomption.

Cela sera le premier défi auquel nous aurons à faire face. Un Chapitre général est, en un sens, le foyer de l'Ordre. Providence est, pour les prochaines semaines, notre Nazareth. Nous pourrions être tentés de croire que nous nous connaissons trop bien pour recevoir cette parole d'espérance. Vous pensez peut-être maintenant : "Voilà encore Timothy. Toujours les mêmes histoires. Au moins dans quatre jours nous serons enfin débarrassés de lui ! " Et vous avez raison dans ce cas : ce sont les mêmes histoires !

Mais serons-nous comme les habitants de Nazareth, laissant la familiarité engendrer le mépris, fermant nos oreilles les uns aux autres ? Lorsqu'un frère de l'Amérique latine se lève pour parler, est-ce que la moitié des capitulaires éteindront leur casque d'écoute en disant : " Nul besoin d'écouter. Ce sera encore la même vieille théologie de la libération, l'option pour les pauvres. J'ai déjà entendu cela avant ! " Et lorsqu'un frère plus conservateur parle, est-ce que l'autre moitié du chapitre éteindra son casque et dira : " Je sais ce qu'il dira avant même qu'il n'ouvre la bouche ! " Lorsque Jésus commence à prêcher, ils sont stupéfiés par ses paroles d'espérance. Je prie pour que nous soyons surpris les uns par les autres. Nous devons mettre de côté nos préconceptions et être émerveillés. C'est dans cette mesure que les Écritures seront accomplies à nos oreilles et que ce Chapitre sera un moment de grâce. Alors seulement nous aurons quelque chose à dire aux pauvres et aux opprimés lorsque nous retournerons à la maison.

Chacun d'entre nous est venu à ce Chapitre, avec ses richesses et ses pauvretés. Nous sommes riches parce que chacun de nous a quelque chose à dire. Quand le modérateur donne la parole à un frère, alors, tous les regards du Chapitre se tourneront vers lui pour l'écouter. Il est vrai qu'il y a toujours des frères persuadés que l'Esprit descend sur eux très souvent et qui lèvent la main pour parler encore et encore !

Mais chacun de nous, aussi, est pauvre. Chacun de nous vit dans un monde trop étroit pour Dieu. Chacun de nous habite une prison. Et ce sont nos propres frères et sœurs qui ont la clef pour en ouvrir la porte et nous laisser sortir. Chacun de nous est, d'une certaine manière, aveugle, ou myope. Et pour chacun de nous, il y a ici quelqu'un qui dispose du baume pour guérir nos yeux et nous rendre la vue.

Je me souviens d'un dîner, il y a plusieurs années, en compagnie de deux frères, à un congrès sur la mission de l'Ordre en Europe. Un frère d'Europe de l'Est avait été emprisonné par les communistes. L'autre, occidental, avait été emprisonné parce qu'il était communiste. Leurs opinions politiques étaient diamétralement opposées. Mais ils se sont mutuellement ouverts les yeux. Ils se sont guidés l'un l'autre vers un espace plus vaste, les vastes pâturages de l'Évangile.

J'ai visité une communauté en Amérique latine dans laquelle des frères et des sœurs vivaient ensemble. Et les frères m'ont dit : " Nous ne savions pas, avant l'arrivée des sœurs, ce que voulait dire avoir confiance en Dieu. Elles ne se demandent pas d'où va venir l'argent ". Et les sœurs m'ont dit : " Les frères nous ont appris comme jamais auparavant à ouvrir notre esprit à la Parole de Dieu ".

Pour en arriver à cette libération mutuelle, il nous faut de l'imagination et de l'humilité. Nous avons besoin d'imagination, non seulement pour entendre ce que disent les capitulaires, mais encore pour deviner pourquoi ils disent cela. Le philosophe anglais Iris Murdoch, a écrit que, lorsqu'on est en désaccord avec quelqu'un, il faut se demander de quoi on a peur. Quelle menace suspecte-t-on derrière les convictions les plus profondes ? Pourquoi en parle-t-on avec autant de passion ? Comment peut-on comprendre cette crainte ?

Ce chapitre sera avant tout un moment de grâce, si nous avons l'humilité d'écouter. Le dernier mot écrit par Luther a été : " Nous sommes des mendiants. C'est là la vérité. " Veritas est notre devise, aussi, acceptons de reconnaître que c'est comme des mendiants que nous venons à ce Chapitre, à l'instar de ceux qui ont toujours faim de connaître Dieu davantage. Comme l'a dit saint Augustin : " Dieu est toujours davantage ".

" Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture ". Si nous sommes attentifs à la Parole de Dieu et les uns aux autres, alors ce Chapitre sera un moment de grâce, un moment de dons. Nous partirons d'ici avec une parole sûre pour tous ceux et celles qui souffrent de la pauvreté et de l'oppression sous toutes leurs formes. Nous pourrons ouvrir les yeux des aveugles et libérer les prisonniers parce qu'ici nous nous serons ouverts les yeux et libérés. Nous pourrons alors prêcher une " année de grâce du Seigneur ". bouton

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