"L'Esprit du Seigneur est sur moi "
Chapitre général électif
Providence
10 juillet 2001
" L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré
par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a
envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles
le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés,
proclamer une année de grâce du Seigneur "
Nous sommes venus à Providence en provenance de toutes les
parties du monde. Nous représentons les frères présents
dans 102 pays. Ensemble, avec nos invités de la famille dominicaine,
nous avons une certaine idée des pauvres qui attendent la
Bonne Nouvelle. Chacun de nous avons été témoins
de certaines formes de pauvretés : la pauvreté des
barrios de l'Amérique latine, ou celle des paumés
dans les rues d'Europe. Nous connaissons la pauvreté de ceux
et de celles dont les vies sont sans espoir et dénuées
de sens, la pauvreté des personnes qui connaissent la guerre,
ou encore la pauvreté intellectuelle de tant d'Occidentaux.
Nous avons également vu les prisons que les êtres
humains construisent les uns pour les autres, prisons de préjudices
et d'idéologies, prisons d'impuissances, prisons de peurs,
prisons d'État, ici aux États-Unis, où des
centaines de personnes attendent la peine capitale. Nous connaissons
les millions de formes d'oppressions qui pèsent sur l'humanité.
L'Esprit du Seigneur sera-t-il sur nous afin que nous annoncions
la Bonne Nouvelle ? Trouverons-nous une parole d'espérance
pour les pauvres ? Partirons-nous de Providence prêts à
ouvrir les yeux des aveugles et à libérer les captifs
?
Lorsque Jésus lut le texte, il s'assied. Tous ont les yeux
fixé sur lui, et il dit : " Aujourd'hui s'accomplit
à vos oreilles ce passage de l'Écriture. " Aujourd'hui
est le jour du Salut, si seulement ils ouvrent leurs oreilles pour
entendre. C'est un jour de grâce, s'ils veulent bien écouter.
Si le Chapitre de Providence est pour nous un moment de grâce,
alors nous pourrons repartir d'ici renouvelés en tant que
prêcheurs, avec quelque chose à dire aux pauvres et
aux opprimés. Nous ne sommes pas ici seulement pour rédiger
des documents, pour voter des amendements, et pour changer les constitutions.
Nous sommes ici pour que soient émises et entendues des paroles
d'espérance. Alors nous serons capables de dire : "
Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture
". Un Chapitre général devrait être un
temps de grâce.
Cela s'est presque produit à Nazareth. Tout avait bien commencé;
ils admirèrent les paroles d'espérance que Jésus
prononçait. Ils étaient émerveillés
par lui. Mais après, tout tourna mal. Ils le dénoncèrent.
Il n'était pour eux que le fils de Joseph, leur voisin. Ils
le connaissaient trop bien pour entendre ce qu'il avait à
dire. Ils tentèrent de le tuer à cause de sa présomption.
Cela sera le premier défi auquel nous aurons à faire
face. Un Chapitre général est, en un sens, le foyer
de l'Ordre. Providence est, pour les prochaines semaines, notre
Nazareth. Nous pourrions être tentés de croire que
nous nous connaissons trop bien pour recevoir cette parole d'espérance.
Vous pensez peut-être maintenant : "Voilà encore
Timothy. Toujours les mêmes histoires. Au moins dans quatre
jours nous serons enfin débarrassés de lui ! "
Et vous avez raison dans ce cas : ce sont les mêmes histoires
!
Mais serons-nous comme les habitants de Nazareth, laissant la familiarité
engendrer le mépris, fermant nos oreilles les uns aux autres
? Lorsqu'un frère de l'Amérique latine se lève
pour parler, est-ce que la moitié des capitulaires éteindront
leur casque d'écoute en disant : " Nul besoin d'écouter.
Ce sera encore la même vieille théologie de la libération,
l'option pour les pauvres. J'ai déjà entendu cela
avant ! " Et lorsqu'un frère plus conservateur parle,
est-ce que l'autre moitié du chapitre éteindra son
casque et dira : " Je sais ce qu'il dira avant même qu'il
n'ouvre la bouche ! " Lorsque Jésus commence à
prêcher, ils sont stupéfiés par ses paroles
d'espérance. Je prie pour que nous soyons surpris les uns
par les autres. Nous devons mettre de côté nos préconceptions
et être émerveillés. C'est dans cette mesure
que les Écritures seront accomplies à nos oreilles
et que ce Chapitre sera un moment de grâce. Alors seulement
nous aurons quelque chose à dire aux pauvres et aux opprimés
lorsque nous retournerons à la maison.
Chacun d'entre nous est venu à ce Chapitre, avec ses richesses
et ses pauvretés. Nous sommes riches parce que chacun de
nous a quelque chose à dire. Quand le modérateur donne
la parole à un frère, alors, tous les regards du Chapitre
se tourneront vers lui pour l'écouter. Il est vrai qu'il
y a toujours des frères persuadés que l'Esprit descend
sur eux très souvent et qui lèvent la main pour parler
encore et encore !
Mais chacun de nous, aussi, est pauvre. Chacun de nous vit dans
un monde trop étroit pour Dieu. Chacun de nous habite une
prison. Et ce sont nos propres frères et surs qui ont
la clef pour en ouvrir la porte et nous laisser sortir. Chacun de
nous est, d'une certaine manière, aveugle, ou myope. Et pour
chacun de nous, il y a ici quelqu'un qui dispose du baume pour guérir
nos yeux et nous rendre la vue.
Je me souviens d'un dîner, il y a plusieurs années,
en compagnie de deux frères, à un congrès sur
la mission de l'Ordre en Europe. Un frère d'Europe de l'Est
avait été emprisonné par les communistes. L'autre,
occidental, avait été emprisonné parce qu'il
était communiste. Leurs opinions politiques étaient
diamétralement opposées. Mais ils se sont mutuellement
ouverts les yeux. Ils se sont guidés l'un l'autre vers un
espace plus vaste, les vastes pâturages de l'Évangile.
J'ai visité une communauté en Amérique latine
dans laquelle des frères et des surs vivaient ensemble.
Et les frères m'ont dit : " Nous ne savions pas, avant
l'arrivée des surs, ce que voulait dire avoir confiance
en Dieu. Elles ne se demandent pas d'où va venir l'argent
". Et les surs m'ont dit : " Les frères nous
ont appris comme jamais auparavant à ouvrir notre esprit
à la Parole de Dieu ".
Pour en arriver à cette libération mutuelle, il nous
faut de l'imagination et de l'humilité. Nous avons besoin
d'imagination, non seulement pour entendre ce que disent les capitulaires,
mais encore pour deviner pourquoi ils disent cela. Le philosophe
anglais Iris Murdoch, a écrit que, lorsqu'on est en désaccord
avec quelqu'un, il faut se demander de quoi on a peur. Quelle menace
suspecte-t-on derrière les convictions les plus profondes
? Pourquoi en parle-t-on avec autant de passion ? Comment peut-on
comprendre cette crainte ?
Ce chapitre sera avant tout un moment de grâce, si nous avons
l'humilité d'écouter. Le dernier mot écrit
par Luther a été : " Nous sommes des mendiants.
C'est là la vérité. " Veritas est notre
devise, aussi, acceptons de reconnaître que c'est comme des
mendiants que nous venons à ce Chapitre, à l'instar
de ceux qui ont toujours faim de connaître Dieu davantage.
Comme l'a dit saint Augustin : " Dieu est toujours davantage
".
" Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage
de l'Écriture ". Si nous sommes attentifs à la
Parole de Dieu et les uns aux autres, alors ce Chapitre sera un
moment de grâce, un moment de dons. Nous partirons d'ici avec
une parole sûre pour tous ceux et celles qui souffrent de
la pauvreté et de l'oppression sous toutes leurs formes.
Nous pourrons ouvrir les yeux des aveugles et libérer les
prisonniers parce qu'ici nous nous serons ouverts les yeux et libérés.
Nous pourrons alors prêcher une " année de grâce
du Seigneur ". 