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Section française du Chapirte général


Dernière mise à jour :
2001-08-07

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Entretien avec frère Pablo
Iribarren, o.p.

Vicaire de la Province de saint Vincent Ferrier de Amérique Centrale

Interview par Luis Ramos, o.p.

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Quelle expérience de Dieu as-tu eu quand tu étais enfant ?

Je viens d'un catholicisme très rituel mais solide. Je suis né dans un village de Navarre. Mes parents étaient très pieux et avaient une foi profonde, la foi dans les villages de Navarre était à cette époque très fortement rituelle, mais elle était solide, toute centrée sur la présence de Dieu qui apparaissait évidente dans la nature, dans la vie familiale, et dans la vie communautaire. Ma mère est décédée alors qu'elle était encore jeune et mon père nous a transmis une foi robuste et sérieuse. Je revois mon père agenouillé, les bras en croix, devant une représentation du Crucifié (je crois qu'elle était de Diego de Velazquez), en silence pendant plus d'une heure, avant l'aube, tandis que nous dormions tous encore. C'est bien plus d'une fois que j'ai depuis regardé ce tableau qui me parle de la foi de mon père, qui me parle de la foi.

A cette époque, tout le village se retrouvait pour l 'Eucharistie dominicale, c'était le centre de la foi, les quelques 20 familles de mon village assistaient à la messe avec dévotion. Le curé était un prêtre zélé et donné à son apostolat, il avait été jésuite et possédait un doctorat en droit canonique. C'était un bon pasteur qui se préoccupait des gens avec discrétion et responsabilité. J'aimais servir la messe comme enfant de chœur, dès l'age de sept ans. L'office des ténèbres durant la semaine sainte m'impressionnait beaucoup avec toute la gravité que revêtait alors cette célébration de la passion et de la mort de notre Seigneur Jésus-Christ.

Je me rappelle aussi la fête de saint Pierre martyr, que l'on invoquait quand la grêle tombait, c'est pour cela qu'on appelle la grêle dans mon pays : " Jet de pierrailles ". Je me souviens qu'un jour, en pleine saison de la grêle, tout le village défilait en procession en portant l'effigie du Saint afin d'implorer son intercession contre ce phénomène. Soudain, la grêle s'est mise à tomber, si forte qu'une partie de la main du Saint s'est rompue, provoquant la stupeur de l'assemblée. Un jeune, bien connu de tous, mais pas pour sa lucidité, pris de l'avance sur la procession, arriva au village, rassembla du bois, fit un bûcher et attendit l'effigie du Saint. Les anciens du village expliquèrent alors au jeune-homme qu'il y avait d'autres manières d'expliquer l'événement.

De quoi te souviens-tu de ta formation dominicaine ?

Près de mon village, il y avait une école tenue par les dominicains, à quelques six Km. Des enfants y étudiant qui pouvaient par la suite entrer dans l'Ordre. C'est là que j'ai fait toutes mes " humanités " et que je me suis ensuite tout naturellement orienté vers la vocation religieuse. C'est peu à peu que la vocation s'est affirmée en moi. De la même manière, je suis passé du noviciat à la philosophie, puis à la théologie. Mon ordination est arrivée également sans rupture avec le reste ; de fait, dès le noviciat le Père Maître nous avait inculqué la valeur et le désir du ministère presbytéral. C'est ainsi que s'affermissait notre formation au ministère. En philosophie, mais surtout en théologie, on nous présentait la vie du prêtre comme un don de soi au ministère pastoral.

Comment vis-tu la vie communautaire dans l'Ordre ?

Je suis arrivé pour la première fois à Mexico en 1961, dans une paroisse très traditionnelle, dans le quartier de Tacubaya. La communauté qui m'a reçue menait une vie dominicaine très complète, avec ses moments de prière, de récréation, de vie fraternelle ; nous sortions toute la communauté une fois par mois en promenade et pour avoir par-là un moment de communication plus détendu. C'est dans cette communauté et cette paroisse que j'ai fait pour la première fois l'expérience d'une vie proprement dominicaine.

La paroisse de mon village avait vingt familles, la paroisse La Candelaria, c'est ainsi qu'elle s'appelait, avait 150 .000 habitants, et il faudrait y ajouter toute une population " flottante " de petits villages alentours qui venaient aussi à la paroisse. Bien entendu, tout ce monde ne pouvait pas contenir dans l'Eglise et il remplissait le cloître (du XVI siècle) ainsi qu'une bonne partie de l'atrium. J'aimais particulièrement à ces occasions raconter ce qui se passait à l'autel pour les personnes qui s'acquittaient de loin de leur précepte dominical ; je décrivais le moment où le prêtre faisait l'élévation et tout le monde se mettait alors à genoux avec respect.

Je dois aussi souligner que j'allais faire des missions populaires dans le nord du pays d'abord, à Chihuahua, et ensuite au sud du pays, à Oaxaca, -2000 km séparent les deux endroits- pour administrer les sacrements du baptême et surtout du mariage aux personnes qui le demandaient. Des centaines de personnes venaient se confesser de sorte que le temps de la confession pouvait durer quelque fois jusqu'à huit heures continues.

Quelle a été ton expérience en milieu universitaire ?

C'est en 1968, année des mouvements révolutionnaires et de la répression militaire que cela eut lieu. Durant ces mois, l'université de Oaxaca était assiégée par l'armée. Quelques étudiants qui avaient déjà essayé de convaincre d'autres membres du clergé, m'ont demandé d'aller visiter le professeur Moy Pacheco qui était resté avec les élèves à l'intérieur de l'édifice. C'était un professeur de philosophie qui nous envoyait régulièrement des élèves pour qu'ils puissent consulter les livres de philosophie que nous avions dans notre bibliothèque du Couvent Saint Dominique, même si lui n'y était jamais venu. Devant ce défi, je me suis dit " j'y vais ! " et j'y suis allé. J'ai dû franchir le cordon militaire qui encerclait l'édifice en demandant des autorisations. Le résultat de mes entretiens avec le leader des étudiants fut de devoir demander au chef militaire qu'il retire ses troupes. Vous pouvez facilement imaginer la réponse du colonel lorsque je laissais entendre que le blocage de l'université n'était d'aucune utilité. Avec un comportement qui ne laissait aucune ambiguïté, il sortit de ses tiroirs une grande quantité de propagande étudiante contre le gouvernement, trouvée dans l'université.

Je n'avais alors aucune expérience de travail avec des jeunes. Moy Pacheco fut incarcéré à la prison de Lecumberri de Mexico. Il laissa entendre clairement qu'il ne voulait personne d'autre pour le remplacer à la chaire d'université qu'il possédait en dehors du père Iribarren. Mais le recteur ne pouvait pas imaginer un seul instant qu'un prêtre catholique puisse donner un enseignement dans le bastion du libéralisme anticlérical, sur la propre terre de Benito Juarez qui donna son nom à cette institution. Quoi qu'il en soit, les étudiants boycottèrent les cours des trois substituts nommés successivement. Le recteur n'avait pas d'autres solutions que d'appeler le père Irribaren. C'est ainsi que durant quatre années, j'ai donné des classes d'histoire de la philosophie, d'éthique et de logique. Lorsque les supérieurs m'ont assigné à une autre maison de l'Ordre, les élèves m'ont demandé quels moyens de pression ils pouvaient utiliser pour s'opposer à cette décision ou s'il valait mieux en appeler au tribunal ! Je les ai bien remerciés pour leurs intentions.

Y a t-il un domaine particulier en faveur du choix prioritaire pour le pauvre dans notre spiritualité ?

Pour le dominicain, le choix prioritaire pour le pauvre est étroitement lié à la compassion de Dominique. Il faut partir de la miséricorde et de la compassion que Dominique expérimentait devant une humanité dans le besoin, c'est pour cela qu'il s'exclamait en prière : " que vont devenir les pêcheurs ? ". Comme Dominicain, le choix pour le pauvre consiste en la miséricorde et la compassion pour celui qui demeure dans l'ignorance, égaré dans la vie. Avec la pauvreté économique, nous devrions prendre en compte la pauvreté humaine ; non seulement l'homme pauvre mais aussi ceux qui en sont arrivés à être de " pauvres hommes " ; les personnes qui ont perdues la foi en Dieu, qui se sont égarées, intellectuellement et psychologiquement. C'est devant ce choix qu'apparaît pour nous et que se réalise le choix prioritaire pour le pauvre.

C'est aussi un choix en faveur du peuple en général, en particulier cette partie du peuple, qui est la majorité et qui souffre durement pour résoudre la plus élémentaire des nécessités : la faim. Ceux qui cherchent chaque matin la subsistance quotidienne, pour eux-mêmes et leurs familles. Cette partie du peuple également que l'on rencontre dans d'autres pays et aussi au Nicaragua, brisée par la contre révolution, asservie à des pouvoirs extérieurs qui font obstacle à son autodétermination. C'est aussi le peuple du Salvador victime de désastres naturels qui réduisent à néant de nombreux essais prometteurs pour se mettre debout. Au Honduras, le système économique actuel ouvre des espaces de bien-être économiques à ceux là même qui défendent l'application de politiques qui génèrent plus de pauvreté et font obstacles à la distribution équitable des ressources.

Et la province d'Amérique Centrale ?

L'immense majorité des frères se consacrent aux pauvres, sans en faire la publicité, ils s'occupent des plus pauvres dans la région de Verapaces où trois communautés sont totalement consacrées au service des marginaux. Au Salvador, les frères travaillent dans des colonies de peuplement installées sur un immense dépôt d'ordure à ciel ouvert, ils travaillent sur des projets de construction et c'est urgent, surtout après les tremblements de terre. Dans la région de Bajo Lempa, les frères appuient la construction de plusieurs écoles dans les quartiers périphériques. Au Honduras, il existe une très belle expérience de formation de leaders, d'animateurs de la Parole dans le monde rural. A Rivas, le gouvernement du Nicaragua a approuvé l'octroi du diplôme d'ingénieur agronome à l'institut technique agricole. Grâce à cela, l'école possède sa première faculté et entre dans le secteur universitaire, une université agricole pour le Nicaragua et toute l'Amérique Centrale.

En Amérique Centrale nous avons deux collèges de niveau du baccalauréat comptant chacun 1200 élèves, Saint Dominique à Rivas et Saint Louis Bertrand à Chinandega, dans les milieux populaires. L'éducation est marquée par le choix prioritaire pour le pauvre.

Crois-tu qu'il y a un futur pour les vocations autochtones en Amérique Centrale ?

Ce vicariat d'Amérique Centrale a un personnel nombreux, nous sommes 98 frères au total dont 56 sont étrangers, principalement Espagnols, deux Allemands, un Suisse et deux Nord-Américains. Ceux qui sont originaires d'Amérique Centrale sont au nombre de 42. Il faut souligner que les institutions du Prénoviciat, du Noviciat et du Studentat sont stables depuis des années. Nous avons une moyenne de dix jeunes qui s'intéressent à l'Ordre chaque année. Cette année, nous avons 8 postulants, 4 novices et 13 étudiants en philosophie et en théologie. Nous aurons deux ordinations cette année. L'Ordre représente une alternative pour la pensée ecclésiale, différente par sa thématique et sa méthode de travail. Cette différence est appréciée par les responsables de l'Eglise du Guatemala, mais beaucoup moins au Nicaragua, du moins pour le moment.

Finalement, nous avons un Centre de Formation pour les laïcs qui octroie un diplôme de théologie reconnu au Honduras par l'université Catholique.

La vie intellectuelle de l'Ordre

Nous avons quelques centres d'études identiques à ceux dont parlent les Constitutions de l'Ordre des Prêcheurs, constitués d'un petit groupe de deux ou trois plus particulièrement consacrés à la recherche et la production de nouvelles connaissances. Nous en avons trois : le Centre Akutan, la chaire de spiritualité de Heredia appelée chaire Tauler et le Centre Lebret consacré surtout à la sociologie de la religion, qui s'oriente en particulier sur la recherche de l'éthique en économie. Nous espérons que ces centres continuent de s'affermir et de se développer.

Comment trouve t-on des vocations en Amérique Centrale ?

C'est très divers, la rencontre des jeunes avec leur vocation ne répond pas à un profil régulier. Parfois, ils viennent vers nous, quelques-uns uns découvrent leur vocation dans la direction spirituelle, d'autres, par exemple, au terme d'exercices spirituels ; ce qui est décisif très souvent, c'est la forte impression que peut leur causer la rencontre avec un frère ou une sœur. bouton

 

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