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Dernière mise à jour :
2001-07-28

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Une entrevue avec le frère Peter
Lobo, o.p.

Interviewé par Mark Hoo, o.p.

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Providence, 12 juillet 2001

Pourriez-vous nous partager un peu vos antécédents?

Je suis né à Bombay en février 1946. J'en suis venu à connaître l'Ordre par les frères dominicains qui soutenaient et géraient le séminaire St. Charles à Nagpur, où j'étudiais en vue du sacerdoce pour l'archidiocèse de Nagpur. J'entrai dans l'Ordre dominicain en 1969 après ma première année de théologie. Je joignis l'Ordre parce que j'étais attiré par le témoignage de vie des dominicains au séminaire et aussi par la cause pour laquelle l'Ordre fut fondé, nommément, la prédication pour le salut du prochain. Durant ces années, comme dominicain, j'ai eu la responsabilité d'être maître des novices, vicaire provincial, président de la Conférence nationale des Supérieurs majeurs de l'Inde, régent des études et recteur du séminaire St. Charles, qui reçoit 333 étudiants venant de 45 diocèses et 14 congrégations religieuses.

Quand les dominicains sont-ils arrivés en Inde, et quand le vicariat fut-il érigé en Province?

Le premier dominicain à arriver en Inde fut Niccolo de Pistoia en 1291. Il était en route vers la Chine avec ses compagnons franciscains. Les compagnons de Niccolo lui ont demandé de rester à Mylapore au sud de l'Inde, où il a oeuvré jusqu'à sa mort survenue peu après l'entrée des franciscains en Chine. Ensuite arriva un autre dominicain en Inde nommé Jourdain de Severac (Catalani). Il vint de Tabriz (en Perse) jusqu'à Thana, près de Bombay, en 1328 accompagné de quatre franciscains. Ses compagnons subirent le martyre par les Maures et Jourdain se retrouva seul à poursuivre la mission d'évangélisation sur la côte ouest de l'Inde. En 1330, il fut nommé premier évêque de rite latin de Quilon, en Inde du sud, par Jean XXII à Avignon. Jourdain oeuvra avec grand succès pendant de nombreuses années et fit parvinir à ses frères de Tabriz un appel fervent à le joindre dans son travail d'évangélisation de l'Inde. Son Mirabilia Descripta, qui existe toujours, a été étudié et publié à la fois en anglais et en français. Cela démontre bien son zèle pour l'évangile et de son fin sens de l'observation de la nature et aussi des us et coutumes de la population. Jourdain fut rejoint par quatre dominicains de Tabriz. Cependant, nous ne savons pas en quels lieux ces dominicains portèrent leur mission.

Une seconde vague de dominicains arriva en Inde avec les portugais, qui s'installèrent en Inde au début du 16ème siècle, donnant suite au passage en Inde de Vasco de Gama en 1498. Ils s'établirent à Goa, d'où, avec le temps, ils érigèrent plusieurs paroisses et missions en plus du très célèbre collège St. Thomas d'Aquin qui n'avait rien à envier à l'université Saint Thomas de Manille. Les dominicains de Goa croissèrent en nombre et envoyèrent des missionnaires au Mozambique, au Sri Lanka, en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie et même aussi loin que la Chine. Au moins trois dominicains furent désignés patriarches des Indes, une fonction qui leur accordait juridiction sur un territoire qui s'étendait de la côte est d'Afrique jusqu'au Japon. D'autres dominicains furent évêques dans les diocèses de Cochin et de Quilon. Toutefois, la présence dominicaine en Inde connut une fin précipitée en 1835 lorsque Joaquim Antonio de Aguiar expulsa tous les religieux du Portugal, de même que ceux habitant leurs territoires.

La présence dominicaine au temps des portugais a connu des jours tantôt sombres, tantôt radieux. Pendant que certains dominicains étaient patriarches des Indes, d'autres étaient aussi de sévères inquisiteurs. De plus, il fallut beaucoup de temps à l'Ordre avant d'accepter les métis et davantage avant d'accepter les Indiens. Les lettres Propanganda Fide nous témoignent bien de ces plaintes concernant la lenteur à accepter des indiens au sein de l'Ordre.

Les domincains revinrent en Inde en 1959. Ils y étaient invités par l'archevêque Eugène de Souza, qui réussit à convaincre les dominicains irlandais de s'installer à Nagpur afin de s'occuper du séminaire St. Charles. Le vicariat Indien de la province d'Irlande a été constitué en vicariat provincial indépendant en 1987 et fut érigé en province en 1998.

Combien de frères font partie de la province dominicaine de l'Inde? Où les retrouve-t-on, et quels dans quels ministères oeuvrent-ils?

La province de l'Inde a 60 prêtres, 32 profès-étudians et plus de 100 postulants. Elle gère 9 fondations, dont 5 couvents. Elle a 3 communautés de postulants à Mangalore, Jabalpur, et Pachmarhi, le noviciat étant à Goa et le studendat à Nagpur. Les étudiants fréquentent le séminaire St.Charles qui est tenu et administré par les dominicains. À peu près 15 frères domincains enseignent au séminaire St. Charles. Outre ce ministère, d'autres frères de la province prêchent des retraites, travaillent dans des ministères liés à la justice sociale, les ministères paroissiaux et le dialogue inter-religieux.

De quelle manière, selon vous, la province dominicaine contribue-t-elle à l'Église de l'Inde et à sa société? Y a-t-il des projets actuellement que la province a mis de l'avant en ce qui a trait au dialogue inter-religieux avec l'hindouisme et/ou l'islam? En ce qui concerne le maintien des relations entre les communautés chrétiennes et les principales communautés religieuses de l'Inde? Et, aussi en ce qui a trait à la promotion de la liberté d'expression religieuse des communautés chrétiennes vis-à-vis du gouvernement, tant sur le plan local que sur le plan national?

Nous avons des frères qui ont été bien formés au dialogue inter-religieux. Cependant, jusqu'à maintenant, notre province n'a pas encore perçé dans ce ministère avec la force et l'efficacité voulue; cela est dû en grande partie au fait que beaucoup de ceux qui sont formé à ce ministère ont été absorbé par leur formation académique. C'est notre rêve et notre espoir qu'un jour, dans un futur rapproché, l'Ordre sera en mesure de mettre sur pied une communauté à Varanasi, la cité sainte et le cœur de l'hindouisme, et collaborera de pair avec d'autres communautés chrétiennes déjà engagées dans le dialogue inter-religieux. Le célèbre provincial anglais, Bede Jarrett, lors de sa visite à Varanasi, pensait qu'il serait pertinent pour l'Ordre d'y installer là une communauté, ce qui favoriserait une relation étroite avec l'hindouisme.

Il reste que l'Ordre en général doit faire face au grand défi du dialogue inter-religieux, alors que les deux-tiers de notre planète l'a déjà amorçé. L'Asie semblerait être le meilleur endroit pour l'Ordre à relever ce défi. C'est le fervent espoir de la région Asie-Pacifique, qu'à ce chapitre, l'Ordre fera un effort audacieux afin qu'il reconnaisse l'importance du dialogue inter-religieux et l'élève au rang de ses priorités.

En ce qui concerne le maintien des relations entre les communions chrétiennes, la province de l'Inde n'a pas beaucoup fait jusqu'à maintenant car nous n'avons pas encore de frères qui ont été spécialement formés en œcuménisme.

Depuis quelque temps, nous assistons à une montée du fondamentalisme dans l'hindouisme. Les partis politiques et certains intérêts motivés ont exploité la religion afin d'arriver à leur fin, ce qui explique en bonne partie cet état de fait. La tolérance prend une très grande place dans le style de vie que propose l'hindouisme. La recrudescence de la violence à l'endroit des chrétiens, même si perpétrée au nom de la religion, n'est pas tant motivée par les instances religieuses que par les instances sociales.
La prise de conscience des pauvres à l'égard de leurs droits, qui a été promue par des organisations religieuses, a miné le pouvoir des intérêts motivés. Alors ils ont réagi en attaquant les reponsables d'églises et leurs propriétés.

Et au sujet des vocations? Combien avez-vous de frères étudiants et de novices? Pourriez-vous identifier quelques facteurs favorables qui attirent les vocations à l'Ordre en Inde? Comment envisagez-vous leur potentielle contribution à l'Ordre et à l'Église (en terme de projets et d'apostolats qu'ils devraient chérir dans le futur)?

Nous avons 32 étudiants et plus de 100 postulants. Cette année nous ne recevons pas de novices car il s'opère présentement des changements dans notre programme de formation. La philosophie se fait maintenant au pré-noviciat, et, conséquemment, nous recevrons notre prochain groupe de novices l'an prochain.

Le ministère de la promotion des vocations, où des frères spécialement formés sont désignés, attire forcément des jeunes hommes à l'Ordre.

L'Ordre possède un large champs de prédication de l'évangile en Inde, et ce, sous des formes très variées, qu'il s'agisse d'une première évangélisation, du dialogue inter-religieux, où de la consolidation de la foi des communautés chrétiennes existantes. Toutes ont besoin d'être approfondies dans notre province. Notre contribution à l'Église de l'Inde serait à mon avis le cadeau de la prédication sous ses formes les plus diversifiées, oeuvrant à élever l'esprit des pauvres par les ministères de la justice et de la paix, et aussi à la formation de jeunes hommes à la prêtrise. En plus de cela, la contribution particulière que nous pouvons apporter à l'Église de l'Inde et à tout l'Ordre, reste le ministère du dialoque inter-religieux et du dialogue inter-culturel.

Que pressentez-vous pour l'Ordre en Inde dans les 20 prochaines années?

Il y a un grand avenir pour l'Ordre en Inde. Il est jeune et vibrant. Dans 20 ans, nos effectifs devraient avoir plus que doublé. L'Ordre doit se lancer sans crainte dans des ministères nouveaux; ceux dont les besoins de notre région expriment l'urgence, en plus des lieux traditionnels de prédication. La province de l'Inde a aussi besoin d'aller au-delà des frontières de l'Inde afin qu'elle puisse servir l'Église universelle là où l'Ordre est le plus sollicité. bouton

 

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