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Dernière mise à jour :
2001-07-28

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Entretien avec Frère Albert Nolan, o.p.

Interview par Luis Ramos, o.p.

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Q. Pourrais-tu évoquer rapidement ton passé ?

Je suis né à Cape Town en Afrique du Sud, sudafricain depuis quatre génerations: mes parents, mes grands-parents et mes arrière grands-parents, d'origine anglaise, sont nés en Afrique du Sud.

Q. Et ta formation universitaire ?

En ce qui concerne mes études, je n'en ai pas fait beaucoup avant d'entrer chez les Dominicains. Mes études ont vraiment commencé avec mon entrée dans l'Ordre.

Peut-être dois-je rappeler brièvement comment j'en suis venu à être Dominicain ? Au début je désirais devenir prêtre diocésain, jusqu'au jour où j'ai lu Thomas Merton. L'âme qu'il redonnait à la contemplation m'a beaucoup intéressé. Je ne voulais pas cependant me faire moine Trappiste, d'autant qu'il n'y avait pas de Trappistes en Afrique du Sud. Je voulais prêcher. C'est ce qui m'a attiré chez les Dominicains, avec le fait que les Dominicains s'adonnent à l'étude. Cette combinaison de contemplation, d'étude et de prédication fut ce qui m'attira chez les Dominicains.

Quant à ma formation Dominicaine, je puis dire que je crois avoir eu un très bon maître des novices, le Frère Bernard Delaney, un Dominicain Anglais. Il m'a marqué d'une impression profonde.

Q. Comment as-tu été conduit à t'intéresser aux formes de racisme et d'intégration raciale ainsi qu'à la lutte contre l'apartheid ?

Je crois que la première dimension de mon intérêt a jailli de l'évangile lui-même. De fait, ma volonté de vivre l'évangile fut ce qui m'a fait prendre conscience que ce qui se passait dans mon pays était une situation d'injustice -et même de cruauté- à l'égard des noirs. Avant que je ne devienne Dominicain, je n'avais pas été pleinement conscient de cette réalité.

Q. Y a-t-il eu un événement précis qui a été crucial et a provoqué ce changement dans ta vie ?

Non. On m'a très souvent demandé s'il y a eu un événement précis qui m'a changé, et la réponse est qu'il n'y en a pas eu. Assurément, dans notre paroisse proche du couvent où j'ai été élevé, en un lieu appelé Stellenbosch, j'ai rencontré des pauvres et des gens qui souffraient, si bien que c'est graduellement que j'ai pris conscience du mal de l'apartheid.

Mon engagement plus politique et social est venu après, lorsque j'étais aumônier des étudiants universitaires, noirs et blancs; ils me firent prendre conscience de beaucoup de choses qui se passaient et des causes de cette situation. Ainsi cette période de ma vie où j'étais aumônier universitaire a aussi été très importante pour moi.

Q. Fais-tu une différence entre l'engagement social et l'engagement politique ?

Oui; spécialement en ce sens que pour nous il était sans importance d'appartenir à un parti politique. Nous ne cherchions pas -je dis, les gens comme moi, les Dominicains, les Chrétiens, etc- à conquérir le pouvoir politique. Nous travaillions pour la justice. C'est une affaire sociale. Nous en sommes venus à travailler avec des partis politiques -de fait très fréquemment- parce qu'il était nécessaire de le faire afin d'assurer la justice sociale. Si bien que, tandis que nous travaillions avec les politiciens, lorsque vint le temps où il y eut des élections démocratiques, ce furent les politiciens qui parvinrent à devenir les membres du parlement ou du gouvernement, et ceux d'entre nous qui avions travaillé au nom du christianisme et dans la logique de notre foi chrétienne, nous avons continué à travailler dans l'Eglise; nous n'étions pas intéressés par le pouvoir politique. Toutefois quelques personnalités d'Eglise, ont passé au terrain politique, en partie parce qu'il n'y avait pas assez de monde pour tenir les postes politiques au gouvernement, postes si nécessaires en ces temps-là.

Q. As-tu rencontré parfois une opposition entre ton activisme sociall et ta vocation dominicaine et religieuse ?

L'opposition ne portait pas sur le fait d'être Dominicain; mais elle existait avec l'église et avec d'autres membres de l'église, parce qu'il y avait beaucoup de gens pour dire qu'on ne devrait pas se compromettre avec la politique, et même que les affaires de justice no devaient pas être de celles où un prêtre s'implique. J'ai souvent été accusé d'être un "prêtre politicien".

On m'accusait aussi d'être communiste. Si tu étais en opposition avec le gouvernement -qui était considéré comme un gouvernement chrétien malgré son injustice- et si tu désirais l'égalité pour tous, alors tu étais communiste. C'est ce genre de critiques que j'ai eu à supporter, moi et beaucoup de Latino-américains: l'accusation d'être communiste. Tout ceci a disparu aujourd'hui, mais autrefois c'était un problème.

Q. Crois-tu que tout cela appartienne au passé ?

Oui, en ce sens que maintenant nous jouissons de la démocratie. En 1994 nous avons eu nos premières élections démocratiques. Auparavant, seuls les blancs pouvaient voter, tandis que les noirs ne le pouvaient pas. Cela signifiait qu'environ douze pour cents de la population votaient et dominaient les autres. Maintenant nous avons la démocratie. Et aujourd'hui l'accusation de communisme a disparu, parce qu'il y a l'égalité. Il existe encore un parti communiste, mais il est allié au C.N.A. (Congrès National Africain), qui est le parti au pouvoir; et maintenant tous ont pu connaître les communistes et on sait qu'ils représentent des personnes parmi les meilleures au gouvernement et même dans le pays. C'est pourquoi l'accusation de communisme a disparu.

Mais le racisme, lui, n'a pas disparu. La politique de l'apartheid a disparu et la discrimination raciale est interdite, mais beaucoup sont racistes de cœur, et l'on ne peut changer les cœurs aussi facilement que la constitution ou les lois d'un pays. Aussi, le racisme existe encore, oui. Mais ce qui s'est passé c'est que maintenant nous avons ce que l'on a considéré comme la constitution la plus en avant-garde du monde, en partie parce que nous l'avons rédigée récemment et que nous avons eu la possibilité de tirer les leçons des autres constitutions du monde. Mais ce n'est pas tout. La raison en est aussi que c'est ensemble que nous avons rédigé cette constitution. Il y a eu un comité constitutionnel qui a fait connaître la constitution à travers tout le pays.

On a permis à chacun d'écrire et de dire ce qu'il désirait voir ou ne pas voir dans la constitution. Ainsi le peuple a participé à son élaboration, et ceci a contribué a en faire une très bonne constitution. C'est aussi une bonne constitution parce qu'elle représente une réaction contre la discrimination du passé. Dans la constitution ne figure pas la discrimination raciale, ni non plus aucune sorte de discrimination basée sur la classe ou le sexe; est exclue la discrimination basée sur l'orientation sexuelle, comme on dit. Par conséquent les homosexuels, gays et lesbiennes jouissent de l'égalité des droits et peuvent en appeler à la constitution. Même les personnes atteintes du SIDA et celles qui sont handicapées jouissent de l'égalité des droits et peuvent en appeler à la constitution s'ils subissent des discriminations. Evidemment, cela signifie aussi que d'autres groupes, tels les musulmans et les juifs jouissent aussi de l'égalité des droits. C'est en ce senns que nous avons une constitution très à l'avant-garde.

La peine de mort aussi est anticonstitutionnelle, ce qui, à mon avis, place notre constitution à l'avant-garde par rapport aux autres pays qui appliquent la peine capitale. Certains des pays les plus fameux du monde l'ont encore. Beaucoup de pays en Afrique l'ont également.

Nous avons une très bonne constitution, mais cela ne supprime pas tous les problèmes, en partie parce que nous avons hérité du passé, et aussi en raison du monde où nous vivons. A cause de l'ampleur du chômage, il y a des problèmes liés à la pauvreté, l'insuffisance des logements, la criminalité -très souvent des crimes violents- problèmes aussi de corruption et de fraude. Cependant les choses ont changé dans la mesure où tous ces problèmes sont traités publiquement, connus, exposés régulièrement. Il y a toujours eu de la corruption, mais maintenant la corruption est livrée au grand jour, les gens font beaucoup de tapage à ce sujet, on forme des commissions d'enquête, spécialement au gouvernement. Si bien que même s'il y a encore pas mal de corruption, il y a aussi pas mal de discussions et de polémiques sur cette question. Parfois le gouvernement n'est pas très bon pour résoudre les problèmes, mais le fait que les problèmes soient discutés et confrontés crée une démocratie saine. C'est mon avis.

Q. Que peux-tu dire de ton expérience de provincial d'Afrique du Sud?

Légalement, je suis Vicaire Général, puisque techniquement nous ne sommes pas une province mais un vicariat général. Nous sommes issus de deux Vicariats, l'un Hollandais, l'autre Anglais, qui avaient des missions en Afrique du Sud. En 1968 les Dominicains d'Afrique du Sud ont été unifiés et c'est ainsi qu'a été formé notre vicariat général.

Nous n'avons pas encore pu former une province, à cause en partie du manque de frères et de couvents requis pour cela. Nous pourrions bientôt avoir deux couvents et devenir une vice-province, mais c'est assez difficile parce que nous avons dû réorganiser tous nos apostolats dans le but de vivre ensemble en un lieu pour former un couvent; cela nous a été difficile. De ce fait, je ne suis pas provincial mais vicaire général bien que fréquemment on m'appelle provincial. J'en suis actuellement à mon troisième mandat. J'ai déjà exercé deux mandats de 1976 à 1984. Et maintenant on m'a demandé de revenir pour reprendre la charge. C'est ainsi que j'en suis à mon troisième mandat, avec un intervalle entre le second et le troisième.

Q. A ton avis, quels sont les besoins de ton vicariat ?

Pour le moment nous sommes seulement 38 frères. C'est un nombre très petit. Certes la formation est une priorité très importante. Nous recevons de nouvelles vocations, mais peu nombreuses; cela va lentement. Mais c'est bien. C'est ainsi que nous devons avancer vers l'avenir. Je pense que nous allons grandir, mais sans rapidité. Et cela ne me paraît pas un problème, parce qu'à nos yeux mieux vaut la qualité que la quantité.

Nous mettons l'accent sur la rénovation spirituelle. Ce qui porte réellement témoignage, c'est la qualité de notre vie plus que la quantité de frères.

Q. Comment pries-tu au milieu de la misère, de la souffrance, de l'injustice et de l'incompréhension?

Je crois que nous avons appris à vivre au milieu de cette réalité -et cela ne signifie pas que nous ne protestions pas contre elle. C'est assez triste, mais nous essayons continuellement de changer le pays pour qu'il n'y ait plus de pauvres, ou pour que la pauvreté diminue. Mais je crois que c'est très difficile d'y parvenir au milieu de cette économie globalisée où nous vivons de nos jours. Nous devons reconnaître que c'est une lutte qui prendra beaucoup de temps. Par nous-mêmes nous ne pouvons pas résoudre ces problèmes, mais devons avoir confiance en Dieu et faire tout notre possible. Je crois que ce doit être ma prière.

La vertu dont nous avons le plus besoin, entre toutes les vertus, je dirai que c'est celle d'espérance. Nous devons apprendre aux gens l'espérance, et nous-mêmes, sous une forme ou l'autre, nous devons être gens d'espérance.

Q. Comment peux-tu enseigner à avoir l'espérance?

Eh bien, disons que "enseigner" ne convient pas. Non, on ne peut pas enseigner à avoir l'espérance. Mais si nous sommes pleins d'espérance, et si nous pouvons présenter et montrer notre espérance aux autres, alors, comme le dit l'épître de Pierre, nous pourrons aider les autres par nos actions et nos paroles à se convertir en personnes d'espérance.

Q. Pourrais-tu nous dire quelques mots de ton livre intitulé "Jésus Avant le Christianisme" (Jesus Before Cristianity)?

Eh bien, il a déjà été traduit en neuf langues. Je l'ai écrit il y a longtemps, et de fait les éditions Orbis Book publient cette année l'édition du 25ème anniversaire. J'ai écrit ce livre lorsque j'étais aumônier des étudiants universitaires. Voilà ce qui s'est passé: je voulais enseigner quelque chose sur la foi et la théologie à mes élèves de l'Université. Ce fut très difficile car ils n'étaient pas intéressés par le genre de théologie à laquelle nous avions été formés.

J'ai pensé que la meilleure manière de leur parler de la théologie et de la foi était de leur parler de la personne de Jésus. C'est ainsi que je me suis efforcé de construire mes présentations autour de Jésus comme personne, en le montrant comme une personne vivante que l'on peut aimer. J'ai découvert que ma présentation a eu beaucoup de succès. les gens écoutent quand on leur parle d'une personne.

En outre, rappelle-toi que cela se passait dans les années 1970, alors qu'on prêtait un grand intérêt à Jésus -"Jesus-Christ Superstar" et choses du genre. C'est ainsi que ce fut un assez grand succès. Puis on m'a suggéré de réunir ces présentations pour en faire un livre que j'ai appelé "Jésus avant le Christianisme". Je n'aurais jamais imaginé qu'il deviendrait un livre à succès. Je pensais que peut-être le petit nombre de personnes qui m'avaient entendu à l'Université le liraient, mais jamais je n'avais imaginé qu'il serait lu dans d'autres cercles. Il faut en conclure que ce livre a répondu à un besoin très réel.

Je l'ai écrit le plus simplement possible, prenant ce que disaient quelques universitaires et le présentant sous une forme très simple, étant donné que j'avais à l'esprit mes étudiants universitaires qui étaient peut-être chrétiens mais pas théologiens. Je l'ai écrit pour des étudiants et c'est sous cette forme apparemment qu'il a connu le succès. bouton

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