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Section française du Chapirte général


Dernière mise à jour :
2001-08-06

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Entretien avec frère Manuel Rivero, o.p.

Interview par Marc Hoo, o.p.

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- Pouvez-vous nous faire part de votre parcours avant d'entrer dans l'Ordre des Prêcheurs ?

Né en 1951 à Bilbao, au Pays basque espagnol, ma formation à l'école primaire s'est déroulée ainsi que pour mes trois sœurs chez des religieuses franciscaines. Je garde un bon souvenir de mes années de collège et de lycée chez les Frères des écoles chrétiennes de saint Jean Baptiste de la Salle. Ils étaient jeunes, austères, exigeant de chacun d'entre nous une discipline stricte. Mais ils étaient innovateurs dans le domaine de la musique et du théâtre.

C'est là que j'ai senti l'appel à devenir prêtre. J'aimais beaucoup participer à la Messe tôt le matin avant le jour. J'appartenais à la Congrégation de Marie, association de spiritualité mariale qui nous accordait un scapulaire.

Ma vie ainsi que celle des autres élèves tournait autour du Collège-lycée Saint Jacques. Nous travaillions beaucoup : huit heures de cours plus les devoirs à la maison. Nos loisirs avaient lieu au collège : sport, cinéma, club de jeunes … Le dimanche matin je faisais la catéchèse dans une banlieue ouvrière. Les Vêpres du dimanche soir avec l'adoration de Saint Sacrement mettait fin à une journée trop vite passée. Chaque fois que je chante le " Tantum ergo " je pense à la fin des dimanches de mon adolescence.

En 1968 je suis entré à l'Université pour suivre pendant cinq ans des études en sciences économiques. Ce fut la découverte d'un autre monde. La réflexion sur le développement et la justice m'attiraient. C'était le temps de la dictature sous Franco. Au début de chaque année il y avait des grèves indéfinies. Les assemblées d'étudiants étaient interdites. Les cars de la police étaient souvent garés devant la Faculté. L'intervention des " gris " - c'était le surnom donnée aux policiers en fonction de la couleur de leur uniforme - était brutale. Le socialisme représentait un véritable idéal. Le discours chrétien suscitait des sarcasmes chez les étudiants marxistes qui se prétendaient scientifiques. J'aimais assister aux débats des assemblées d'étudiants. L'argumentation des leaders politiques éveillait en moi une grand admiration. Mais j'étais timide, incapable de prendre la parole en public. C'est là que j'ai pris conscience de la puissance de la parole et de la valeur des débats contradictoires.

- Qu'est-ce qui vous a attiré dans l'Ordre des Prêcheurs ?

Pendant plusieurs années j'ai cherché ma vocation. Ce fut l'étape la plus douloureuse de ma vie : ne pas savoir où j'allais. J'avais vingt ans quand les frères du couvent de Bilbao m'ont présenté la vocation dominicaine. En lisant alors les Constitutions de l'Ordre je me suis dit : voilà ce que je cherchais. La prière, l'étude, la vie fraternelle et surtout la prédication correspondaient à ce que je désirais profondément.

Par la suite j'ai découvert le couvent de Toulouse où je suis rentré en 1974. Lycéen, j'allais souvent en France pour participer aux colonies de vacances. Etudiant j'avais suivi des cours de littérature à la Sorbonne. Frère au couvent de Toulouse j'ai vécu des années heureuses dans la joie fraternelle et l'étude. Mon ordination presbytérale eut lieu dans " la ville rose " en juin 1980.

- Quand avez-vous commencé à prêcher le Rosaire ?

Mon parrain de baptême, Ricardo Diez de Ulzurrun, venait de Navarre. Il était en même temps mon oncle. Quand j'allais chez lui, je le retrouvais souvent en train de prier le rosaire. Il le faisait chaque soir avant le repas en écoutant le programme du rosaire à la radio. C'était un rosaire avec peu de contenu biblique. Mon parrain ne m'a jamais fait de discours sur la foi mais il était bon, souriant, fidèle. Il m'arrivait de suivre son exemple et de prier le chapelet surtout lors des moments difficiles comme les examens.

Au couvent de Toulouse, le frère Joseph Eyquem, fondateur des Equipes du Rosaire, m'a proposé en 1976 d'aller au Congrès de promoteurs du Rosaire à Rome pour faire la traduction. J'y ai découvert le rayonnement international de cette prière mariale. A partir de là le frère Eyquem m'a proposé d'écrire dans le Bulletin du Rosaire et de prêcher aux rassemblements populaires dans la région de Toulouse. Chaque année, au mois d'octobre nous allions à Lourdes pour le Pèlerinage du Rosaire organisé par les Dominicains de France. J'y ai commencé comme brancardier et lors de mon assignation au couvent de Marseille j'ai été directeur de l'Hospitalité du Rosaire pour les Bouches du Rhône aux service des malades pendant cinq ans. Pendant mon séjour à Marseille j'ai été aumônier régional des Equipes du rosaire, mouvement laïc marial qui compte aujourd'hui dans le monde 120.000 membres.

- Pourquoi aimez-vous le Rosaire ?

Le rosaire est une école de contemplation et de prédication. Avec Marie comme guide nous faisons un voyage intérieur au pays de Jésus pour y revivre son enfance, sa prédication, sa mort et sa résurrection. Comme un oiseau s'envole vers le ciel petit à petit par le mouvement régulier de ses ailes ainsi notre âme monte vers Dieu au rythme des Ave Maria et des Notre Père.

J'aime préparer les prédications en priant le rosaire pour m'imbiber de la Parole. Chaque fois que nous disons dans le Notre Père " que ton règne vienne " nous prions le Saint Esprit, " que ton Esprit Saint vienne ", car le Règne de Dieu n'est rien d'autre que la plénitude du Saint Esprit. Et la vie chrétienne n'a d'autre but que l'acquisition du Saint Esprit.

La prière du rosaire comporte une grande pédagogie expérimentée depuis des siècles. Cette prière nous introduit progressivement dans le mystère du Christ. Dans notre cœur les mystères joyeux, douloureux et glorieux du rosaire viennent éclairer les mystères de notre existence pour que la vie de Dieu passe en nous et notre vie en Dieu avec nos soucis, nos souffrances, nos projets et nos joies.

Par ailleurs, le rosaire représente une véritable prédication de la foi chrétienne. Dans la tradition dominicaine, la Vierge Marie n' pas dit pas à saint Dominique " prie le rosaire " mais " va et prêche le rosaire ". Nous avons reçu le charisme de la prédication mariale. Les gens nous le disent : " quand un dominicain prêche sur la Vierge, c'est beau et différent aux autres prêtres ". Nos frères jésuites excellent dans les sciences humaines. Il suffit de penser à leurs publications comme " China analysis news " à Taïpei ou à " Etudes " à Paris. Nous, nous avons entre autres la grâce de la prédication populaire avec Marie.

La dévotion du rosaire n'est pas obligatoire. Chacun doit se sentir sereinement libre de la prier ou non. D'aucuns la critiquent publiquement avec mépris. Je trouve cela grave. A quoi cela sert-il ? Très souvent ceux qui écoutent des propos négatifs sur le chapelet cessent de le prier et de prier toute autre prière. Je comprends les réserves envers " le chapelet-mitrailleuse ". Comme toute réalité humaine, la prière et la prière du rosaire sont à convertir au contact de la Parole de Dieu. L'écrivain français Antoine de Saint Exupéry aimait à dire que " les églises se vidaient parce que les chrétiens ne savaient plus exalter la foi ". Nous avons à exalter le rosaire comme école de contemplation et de prédication. Ces jours-ci, au Chapitre Général, le frère Michel Van Aerde a parlé de la prédication comme un acte de contemplation. Pourquoi évoquer la séduction des prédicateurs ou leurs insuffisances dans l'exégèse au lieu de relever la beauté de l'acte même de la prédication où Dieu se manifeste pour nous donner son Esprit ? La promotion de vocations à la vie dominicaine ne commence-t-elle pas par là ?

- Pouvez-vous nous parler de votre expérience au Pèlerinage de Lourdes ?

A Lourdes j'ai eu l'honneur et la joie d'accompagner les malades. La maladie empêche de réfléchir. Le malade est vite fatigué. En revanche la prière du rosaire offre au malade la possibilité de " faire un voyage en Terre Sainte sans peine et sans payer " comme disait un jour une marseillaise à Monseigneur Roger Etchegaray. J'aime à dire que " nous avons à mettre les malades au boulot ", c'est-à-dire que nous pouvons leur demander de prier pour le salut du monde. Sainte Bernadette de Lourdes avait reçu dans son couvent de Nevers " l'emploi de la prière ". La prière des malades constitue pour nous une grâce source de grâce. De la même manière que nous demandons à nos sœurs moniales de prier nous pouvons confier la prédication à la prière des souffrants.

A Lourdes nous vivons un miracle extraordinaire. Les barrières sociales tombent au profit de l'humanité réconciliée. Les médecins et les malades, les riches et les pauvres, les théologiens et les analphabètes prient et vivent ensemble dans une joie unique. La joie n'est-elle pas la signature du Saint Esprit ?

- Quelle est la popularité de la dévotion du rosaire aujourd'hui et plus particulièrement parmi les jeunes ?

Nombreux sont les jeunes qui ignorent tout du rosaire. Mon expérience de l'animation du rosaire à la radio chaque lundi soir à l'île de La Réunion depuis huit ans me fait penser que les enfants et les jeunes apprécient la démarche de cette prière. Dans l'équipe d'animation de cette prière sur Radio Arc-en-ciel il y a des enfants, des collégiens et des lycéens. Comme ce programme est réalisé en direct et qu'il comporte un quart d'heure consacré aux appels téléphoniques nous savons que des familles avec enfants, des jeunes, des malades et des prisonniers prient chaque lundi soir le rosaire à travers les ondes. Un jour une dame m'a écrit pour me dire : " Je vis seule sur un champ de canne à sucre, mais depuis qu'il y a le rosaire le lundi soir, le lundi est devenu un jour de fête ".

La prière du rosaire permet aussi à la Famille dominicaine de travailler ensemble. A l'île de La Réunion, les moniales organisent chaque année pour le premier dimanche d'octobre un pèlerinage du rosaire qui rassemble 3000 personnes. Toutes les branches de la Famille dominicaine y collaborent : les sœurs apostoliques, les laïcs et les frères. Il en va de même pour le programme du rosaire à la radio. La prédication du rosaire permet aux laïcs de vivre leur charisme apostolique sans être pour autant un docteur en théologie. Cette prédication leur donne le goût d'approfondir la connaissance de la Bible et de la spiritualité.

Lors des veillées funéraires, la prière du rosaire bien menée de manière évangélique apporte aux familles la force de la foi. Personnellement j'ai toujours quitté les veillées funéraires en contemplant des visages illuminés et apaisés. Sur le Calvaire, Jésus n'a-t-il pas donné Marie pour mère et pour modèle à Jean l'évangéliste ? Marie prie pour nous à l'heure de notre mort pour qu'elle devienne passage, rideau tirée, tunnel traversée vers l'aurore de la résurrection.

- Avez-vous encore l'occasion d'aller à Lourdes ?

Quand j'étais à La Réunion je ne suis pas allé à Lourdes. J'ai préféré privilégier le pèlerinage local chez nos sœurs moniales. Comme je serai à Toulouse à partir du mois de septembre prochain, j'ai déjà demandé à être inscrit pour le prochain Pèlerinage au mois d'octobre. Je vais retrouver la grotte après huit ans d'absence, cette grotte que sainte Bernadette appelait " son ciel sur la terre ". bouton

 

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