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Dernière mise à jour :
2001-08-07

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Entretien avec frère Manuel UÑA Fernández, o.p.

Provincial de la Province de Bética

Interview par Luis Ramos, o.p.

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Comment avez-vous connu l'Ordre ?

Je suis né à Zamora et j'ai fait mes études de littérature classique à Almagro dans la région de la " Mancha " (Espagne). J'ai connu l'Ordre par un dominicain de mon pays. C'était un homme chaleureux, proche, d'un tempérament bon et tranquille. Son habit noir et blanc allait bien avec sa personnalité sensible et attirante. L'année suivante, je suis allé le visiter dans son couvent, accompagné de mon père. J'avais alors à peine douze ans. Je me suis risqué à l'interroger sur sa vie et son ministère. Je lui ai demandé : " d'où venez-vous et qu'elle est votre activité ? " Il m'a répondu : " Je fais surtout deux choses : prier et étudier." Se sont les conditions pour pouvoir annoncer la Parole de Dieu. Ça, ça m'a impressionné et je n'ai jamais oublié ces paroles.

Quant à mes études, j'ai suivi le cursus proposé par l'Ordre : la littérature classique, philosophie et théologie à Grenade et, plus tard, à Madrid puis à Rome.

Quel est l'apostolat, dans l'Ordre, qui vous a donné le plus de satisfaction ?

J'ai été ordonné prêtre quand j'avais 23 ans et quelques mois. J'ai été envoyé à Almeria où j'ai travaillé pendant onze ans m'occupant d'ouvriers et de beaucoup d'autres personnes qui, pour la plus part d'entre eux, n'avaient pas de maison où vivre. Ils m'ont appris, de différentes façons, ce qu'ils attendaient d'un prêtre : ils le voulaient proche, solidaire et libre pour pouvoir parler avec tous et dire la vérité à n'importe quel groupe ou personne ; là, j'ai appris à faire le sacrifice de ma personne, tout comme eux, pour le service des autres.

Puis l'Ordre m'a confié une grande responsabilité : être Maître des novices. En aidant mes jeunes frères à grandir, j'ai grandi moi-même. En montrant le chemin à suivre du processus de connaissance intérieure, j'ai moi-même avancé sur ce chemin. C'était un appel à vivre les choses à partir de l'intérieur.

En fait, dans ma vie dominicaine, tout ce que j'ai pu y apprendre, y vivre et transmettre, me satisfait pleinement. Je crois que la raison en est que l'Ordre des Prêcheurs valorise beaucoup la personne humaine et je suis habité par cette passion : collaborer à l'œuvre du Créateur. J'aime y collaborer, à cette œuvre que Dieu a créé et contemplé en la trouvant " très bonne ", pour qu'elle ne soit ni diminuée, ni détruite. Je veux travailler à cette œuvre pour que les personnes apprennent à se connaître, qu'elles se reconnaissent de l'intérieur, et qu'elles soient heureuses en cultivant les dons que le Père leur fait. C'est en connaissant le Père qu'elles mettent en valeur ces dons et en tire le meilleur pour l'être humain. C'est pour ça que je dis que je suis pleinement heureux d'être dominicain, parce que nous sommes invités à cultiver l'intelligence jusqu'à pouvoir rendre compte de l'acte propre, du " pourquoi " les choses sont comme elles sont. Et en définitive, l'objectif est de cultiver l'intelligence pour pouvoir rendre compte de la foi, pas seulement de la pensée mais aussi de ses effets. Tout ça c'est pour moi, annoncer l'Evangile de la Grâce et de la Vérité.

La Province de Bética à une maison à Cuba. Quelle a été votre expérience dans cette île ?

J'ai connu l'Île de Cuba en 1986 quand j'étais provincial de Bética. Après j'ai eu la possibilité de la revisiter. J'y suis toujours retourné en passant par Mexico. Les Mexicains sont très généreux. Ils me donnaient toujours plein de choses pour les Cubains. C'est toujours avec des valises remplies que j'arrivait sur l'île de Cuba. Un jour le douanier m'a demandé pourquoi j'avais tellement de bagages. Je lui ai répondu : " Je suis religieux et je viens visiter mes frères." Puis il me demande ce qu'il y avait dedans. Je lui ai dit : " tout ce que je peux. " La seule chose qui a attiré l'attention du fonctionnaire c'était une petite image représentant l'Enfant Jésus. Après l'avoir regardée, le fonctionnaire dit avec une voix sincère : " J'aime beaucoup tout ça " il faisait référence à la foi. Ce détail m'a ouvert un univers inconnu qui manifestait le cœur des cubains.

Vous étiez à La Havane pendant presque huit ans. Qu'est-ce que vous avez vécu la-bas ?

J'ai vraiment découvert peu à peu La Havane. Comme provincial, j'y ai envoyé tous les frères que j'ai pu. Moi-même j'y suis allé en 1993. C'était pour moi un moment de grâce important.

J'ai eu le privilège de connaître le peuple de Cuba, un peuple solidaire, cordial, doux et généreux. Ils ont une qualité supérieure à toutes les autres : c'est un peuple très réceptif à la parole de l'autre. J'ai toujours eu le sentiment d'avoir à faire à des personnes très respectueuses et ouvertes. Je me suis senti très honoré et heureux d'être avec eux. J'ai pu y développer ma vocation de prêcheur. Après huit ans passés avec eux, je suis certain qu'ils m'aimaient et je sais que je les porte aussi dans mon cœur. Je peux dire la même chose des prêtres cubains et des évêques avec lesquels j'ai gardé d'étroites relations.

Je venais d'arriver à cuba quand la conférence des évêques m'a invité à prêcher une retraite pour le clergé. C'était une tâche d'une grande responsabilité, une manière de me montrer leur confiance.

Quittant Cuba, quelques années plus tard, je suis allé prêcher une retraite de préparation à la Semaine Sainte pour les évêques et les prêtres. C'est alors que j'ai pu leur exprimer ma sincère gratitude, les remercier pour leur accueil chaleureux. Ils m'ont alors renouvelé leur confiance.

Le couvent de la Havane est une fourmilière. Qu'est-ce qu'il s'y passe ?

Nous avons ouvert le couvent de Saint Jean de Latran (que tout le monde appelle communément le couvent de saint Dominique) à tous. Nous avons affiché à la porte ces mots de José Martí : " Les Dominicains bien-aimés sont toujours bons, même avec l'Amérique, ils sont bons. " Le couvent a ouvert ses locaux pour devenir un lieu d'accueil et de réflexion. Un lieu où personne n'est exclu. C'est dans le dialogue que des personnes de toute culture, d'horizons divers, se sont rencontrés. Il y avait des personnes d'Eglise, des représentants de la politique, de la culture, du monde syncrétiste, et aussi des personnes provenant d'autres confessions. Cela formait un éventail impressionnant. Le couvent est vraiment un lieu de rencontre.

A la Havane nous avons la paroisse " del Vedado " et aussi celle du Rosaire et encore quatre chapelles. Les activités consistent à la préparation des sacrements ainsi qu'à celle des personnes qui prennent en charge cette pastorale dans la communauté. Il y a une autre maison dominicaine à Trinidad à 400 kilomètres de La Havane.

Il y a sept frères à Cuba que je vais vous présenter :

Le frère Juan-Manuel Fernández del Valle, Cubain doyen des frères parce qu'il n'a jamais vécu hors de Cuba. Le frère Luis Muñoz, frère Antonio Bendito, frère Cirilio... et les frères Rafael Proenza et Pierre Miguel Román.

Qu'est-ce que peut apporter l'Ordre au peuple cubain ?

Nous leur offrons ce que nous sommes, ce que nous faisons, un espace de rencontre avec Dieu et avec les autres. Une atmosphère de prière, un espace de dialogue pour ceux qui cherchent à dialoguer, pour ceux qui recherchent la réconciliation et la paix. La vie à Cuba est très bouillonnante, il y a beaucoup de problèmes. Nous savons tous que le blocus est un préjudice pour le peuple cubain. Mais nous, nous offrons un lieu où chacun est accueilli comme ils sont, où on peu échanger des opinions et dialoguer.

Nous prêchons Jésus-Christ. Quand on me demande qui est Jésus de Nazareth, je réponds alors qui est Jésus pour moi : ce qu'il à fait, ce qu'il à dit. Ce que nous faisons c'est, en le disant en quelques mots, rendre témoignage à la Vérité.

Nous avons aussi à San Juan de Letrán une bibliothèque qui est fréquenté par trente ou quarante personnes chaque jour. Elle est ouverte au public 12 heures par jour, du lundi au vendredi. Nous consacrons les samedis et les dimanches à la prédication et à la célébration des sacrements.

Les Dominicains ont-ils des vocations à Cuba ?

Grâce à Dieu, maintenant elles arrivent. Nous accompagnons trois jeunes à La Havane qui voudraient mieux connaître les Dominicains. Nous avons trois novices en Colombie au couvent de saint Dominique de Bogotá. Je crois que l'avenir est plein d'espérance.

Quand des jeunes viennent et demandent des informations, nous leur demandons deux choses : chercher Dieu avec sincérité, et avoir le respect des opinions de ceux qui pensent différemment de nous. Nous exigeons qu'ils arrivent à cette maturité qui leur permettra de vivre avec les autres dans un esprit d'ouverture et de générosité. La vie d'étude est importante pour un Dominicain et nous recommandons qu'ils puissent penser par eux-mêmes. L'étude est un élément important de la spiritualité de la vie dominicaine. Il est nécessaire que les jeunes soient conscients que cette vocation les invite à donner toute leur vie sans exiger plus que la pauvreté dans la suite du Christ.

Croyez-vous qu'il y a un avenir pour l'Ordre à Cuba ?

Notre avenir est enraciné dans la confiance en Dieu. Je crois en ceux qui croient, mais je crois aussi en celui qui cherche sans croire. Je crois en celui qui lutte pour un monde plus humain, plus chrétien. Est-ce que je crois en l'avenir ? Oui, dans la réconciliation. bouton

 

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