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Dernière mise à jour :
2016-05-05

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Interview de sœur Jean-Thérèse Vauhkonen O.P.

Moniale du monastère d'Orbey (France)

Interview par Manuel Rivero, o.p.

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Sœur Jean-Thérèse est née il y a quarante-six ans à Helsinki (Finlande). Dans ce pays, l'Eglise catholique comprend 7000 fidèles sur cinq millions d'habitants dont la majorité sont protestants. De confession protestante luthérienne, elle est devenue catholique à dix-huit ans.

- Pourquoi êtes-vous devenue catholique ?

Ma famille protestante ne pratiquait pas. Enfant mes parents m'ont appris à prier à la maison. A quinze ans, j'ai préparé ma profession de foi et le 14 juin 1970 j'ai reçu pour la première fois le Corps du Christ lors de la célébration de la Sainte Cène. Ce fut un grand jour. J'avais vraiment l'impression de rencontrer le Christ. J'ai réfléchi au mystère de l'Eucharistie et je me suis rendue compte que ma foi rejoignait celle de l'Eglise catholique sur la présence réelle. Dans l'Eglise luthérienne les hosties n'ont plus de valeur après la Cène. A dix-huit ans j'ai été reçue dans l'Eglise catholique après une année de préparation.

- Comment est née votre vocation de moniale ?

Après le lycée je me suis inscrite pendant une année à l'Université pour étudier la langue française. J'avais vingt ans et je me demandais ce que j'allais faire de ma vie. La vie religieuse m'attirait.

Il y avait un père dominicain finlandais, le frère Martti Voutilainen O.P., qui vient de décéder le 7 juillet dernier. C'est lui qui m'avait préparée à entrer dans l'Eglise catholique. Sur ses conseils, je suis allée voir les Petites Sœurs de Foucault et les sœurs de la Congrégation romaine de saint Dominique en Suède. C'est là que la maîtresse des novices m'a demandé si je n'avais pas pensé à la vie contemplative. Peu de temps après je me suis retrouvée en France chez les moniales dominicaines d'Orbey, à 20 kms de Colmar, pour quelques semaines à la découverte de leur vocation. Après un temps de réflexion et de travail en Finlande, expérience requise par les sœurs, je suis entrée en clôture comme postulante le premier dimanche du Carême 1977, c'était exactement le 26 février.

- En tant que moniale, vous consacrez votre vie à la prière et au travail manuel. Pouvez-vous nous parler de la prière ?

8La prière est quelque chose de très simple. Prier est une affaire de cœur. Et je me rends compte que mon cœur est comme le cœur des autres. Il y a la lutte entre le bien et le mal. Sans la grâce de Dieu je pourrais faire quelque chose d'horrible. J'ai besoin d'être sauvée. Je suis consciente de ma condition de pécheresse.

Mon but est de participer au salut du monde par la prière. Ma prière dépasse les murs du monastère. Ce que je fais je le fais pour le monde. Il y a une dimension universelle dans la prière.

- Ne souffrez-vous pas de solitude ?

La prière nous introduit dans un processus de transformation spirituelle. Nous rencontrons Dieu et notre prochain dans notre propre cœur. Il y a une solitude du cœur qui me semble nécessaire pour accorder à Jésus-Christ la première place.

haque personne aspire à devenir la personne la plus importante pour quelqu'un d'autre. Je renonce à cela. Le Christ est l'ami le plus important de ma vie.

Dans le cœur il y a un espace qui est réservé au Christ et que nous ne pouvons partager avec personne.

a solitude représente une valeur positive qui me permet de me rendre présente à Celui qui est présent dans ma vie.

- Que est l'aspect le plus difficile de votre vie ?

La vie commune. Il y a des blessures et des incompréhensions. Notre vie commune est faite de réalités minuscules qui provoquent parfois des réactions disproportionnées. Si une sœur ne me dit pas " bonjour ", je vais penser qu'elle a quelque chose contre moi alors qu'elle était peut-être distraite. En même temps la vie commune est passionnante. C'est là que l'on met en pratique le commandement nouveau de Jésus : " aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ".

- Avez-vous changé dans votre manière de prier ?

La prière s'est simplifiée. Elle est devenue ce qu'elle était au départ mais elle a gagné en intensité.

Je prie pour l'union des chrétiens. Il y a une souffrance en moi parce que les chrétiens ne sont pas unis.

- Après votre engagement, avez-vous pensé à quitter le monastère ?

La tentation de partir est en quelque sorte toujours présente. Nous pourrions faire autre chose. En ce qui me concerne, il s'est agi deux ou trois fois de pensées qui me traversaient l'esprit sans s'installer pourtant en moi. Cela n'a pas été quelque chose de lancinant.

- Avez-vous reçu des grâces dans la prière ?

Oui, j'ai reçu des grâces qui m'ont fait avancer dans la connaissance de Dieu. Des grâces de force et de joie pour vivre la vie telle qu'elle est. La confession, le sacrement de la réconciliation, est aussi une prière, un moment important de grâce.

- Avez-vous découvert des nouvelles facettes de la vie de Dieu ?

Oui, je pense à la Trinité. Au début j'étai attirée par le Père, de qui on reçoit tout. Il y a toujours une part d'enfant en nous. L'enfant est habité par une confiance extraordinaire en ses parents. Il arrive que l'enfant pense que ses parents peuvent le protéger et lui donner le monde entier.

Par la suite, le Christ a occupé une place centrale dans ma vie. Il est mon ami.

Avec Lui je vis aussi une spiritualité de noces comme les épousailles dont il est question dans la Bible.

L'Esprit Saint est celui qui prie en nous " en des gémissements ineffables " comme nous l'enseigne saint Paul.

Le mystère de la Trinité me donne de vivre les relations en Dieu. Dieu est Un. Il est relations.

- Quelle différence il y a entre une bénédictine et une moniale dominicaine ?

Fondamentalement c'est la même vocation : se donner à Dieu dans la vie monastique. En revanche, notre gouvernement démocratique nous distingue des bénédictines. Nous renouvelons souvent les responsables. Dans l'esprit dominicain nous cherchons l'unanimité. Les bénédictines restent disciples envers leur Mère abbesse.

- Pensez-vous que votre vie soit extraordinaire ?

Toute vie est extraordinaire quand elle est donnée.

Ma vie est une vie très ordinaire. Il ne se passe rien d'extraordinaire. La grâce de la vocation, le fait d'avoir été appelée, voilà ce qui est extraordinaire.


Adresse de sœur Jean-Thérèse : Monastère des Dominicaines. F - 68370 ORBEY. France

e-mail : dominicaines.orbey@orange.fr

Propos recueillis par le frère Manuel Rivero O.P. (Province de Toulouse).

Photos : Fr. Philip McShane, o.p. bouton

 

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